Milieu ou environnement : la résolution 2398 (XXIII) de l’Assemblée générale des Nations unies (3 décembre 1968)

Le 3 décembre 1968, l’Assemblée générale des Nations unies adopte une résolution intitulée en anglais : « Problems of the human environment » ; c’est sa première utilisation du terme d’environnement dans le titre d’une résolution. La traduction officielle opte en français pour le terme de « milieu » : « Problèmes du milieu humain ». C’est également le cas pour la résolution prise l’année suivante : « Conférence des Nations unies sur le milieu humain » (15 décembre 1969). Il faut attendre 1970 pour que le terme d’environnement soit utilisé dans le texte français, sans adjectif : « Conférence des Nations unies pour l’environnement » (7 décembre 1970). Dans ses Principes de géographie humaine (1922), Vidal de la Blache écrivait : « Sous ce nom de milieu, cher à l’école de Taine, sous celui d’environment, d’emploi fréquent en Angleterre, ou même sous celui d’œcologie, que Haeckel a introduit dans la langue des naturalistes, — termes qui au fond reviennent à la même idée, — c’est toujours la même préoccupation qui s’impose à l’esprit, à mesure que se découvre davantage l’intime solidarité qui unit les choses et les êtres. L’homme fait partie de cette chaîne ; et dans ses relations avec ce qui l’environne, il est à la fois actif et passif, sans qu’il soit facile de déterminer en la plupart des cas jusqu’à quel point il est soit l’un, soit l’autre. » Le terme d’environnement s’impose en français au tournant des années 1970. Dans son discours de Chicago — « La crise des civilisations », 28 février 1970 —, le président Pompidou plaide pour une « morale de l’environnement ». Le 7 janvier 1971, Robert Poujade est nommé ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé de la protection de la nature et de l’environnement. « L’inconvénient, écrivait un chroniqueur du Monde en 1968, n’est pas que le français adopte un mot nouveau que ne reconnaissent pas les puristes. Il est qu’on emploie un mot français dans une acception qui n’est pas reçue dans notre langue. En français, “environnement” signifie “action d’environner, résultat de cette action.” De même qu’en 1870 on devait déplorer l’environnement de Sedan par les troupes allemandes, on devrait aujourd’hui se cabrer contre les dangers de confusion linguistique qui nous environnent. Le jour viendra-t-il où, lorsqu’on écrira des mots comme “sophistiqué”, “conventionnel”, “environnement”, on ajoutera une parenthèse pour avertir le lecteur qu’on les prend dans leur acception française traditionnelle ? » (« L’environnement par l’environnement », Le Monde du 12 novembre 1968.)


Chronologie indicative

30 juillet 1968. — Résolution 1346 (XLV) du Conseil économique et social : « Question de la convocation d’une conférence internationale sur les problèmes du milieu humain ».

3 décembre 1968. — Résolution 2398 (XXIII) de l’Assemblée générale : « Problèmes du milieu humain ».

30 mai 1969. — Rapport du secrétaire général : « Problèmes du milieu humain ».

6 août 1969. — Résolution 1448 (XLVII) du Conseil économique et social : « Problèmes du milieu humain ».

15 décembre 1969. — Résolution 2581 (XXIV) de l’Assemblée générale : « Conférence des Nations Unies pour le milieu humain ».

7 décembre 1970. — Résolution 2657 (XXV) de l’Assemblée générale : « Conférence des Nations Unies sur l’environnement ».

20 décembre 1971. — Résolution 2849 (XXVI) de l’Assemblée générale : « Développement et environnement » ; résolution 2850 (XXVI) : « Conférence des Nations Unies sur l’environnement ».

5-16 juin 1972. — Conférence des Nations Unies sur l’environnement à Stockholm.


2398 (XXIII). Problèmes du milieu humain

L’Assemblée générale,

Notant que les rapports entre l’homme et son milieu subissent actuellement de profonds changements du fait de l’évolution moderne de la science et de la technique,

Consciente que cette évolution, tout en offrant des possibilités sans précédent de modifier et de façonner le milieu de l’homme de manière à répondre à ses besoins et à ses aspirations, comporte aussi de graves dangers si elle n’est pas dirigée comme il convient,

Notant, en particulier, la détérioration continue et de plus en plus rapide de la qualité du milieu humain, due à des facteurs tels que la pollution de l’air et de l’eau, l’érosion et autres formes de dégradation des sols, les déchets, le bruit et les effets secondaires des pesticides, qu’accentuent encore l’accroissement rapide de la population et l’accélération de l’urbanisation,

Inquiète des répercussions de cet état de choses sur la condition de l’homme, son bien-être physique, mental et social, sa dignité et ses possibilités de jouir des droits fondamentaux de l’homme, tant dans les pays en voie de développement que dans les pays développés,

Convaincue qu’il est essentiel pour assurer un développement économique et social judicieux de prêter une attention accrue aux problèmes du milieu humain,

Exprimant le ferme espoir qu’au moyen d’une coopération internationale appropriée les pays en voie de développement tireront des avantages particuliers de la mobilisation des connaissances et de l’expérience concernant les problèmes du milieu humain, ce qui leur permettra notamment de prévenir l’apparition de nombre de ces problèmes,

Ayant examiné la résolution 1346 (XLV) du Conseil économique et social, en date du 30 juillet 1968, relative à la question de la convocation d’une conférence internationale sur les problèmes du milieu humain,

Ayant présents à l’esprit les importants travaux concernant certains problèmes du milieu humain qu’entreprennent actuellement des organismes des Nations unies, en particulier l’Organisation des Nations unies ( otamment la Commission économique pour l ‘Europe), l’Organisation internationale du travail, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture, l’Organisation mondiale de la santé, l’Organisation météorologique mondiale, l’Organisation intergouvernementale consultative de la navigation maritime et l’Agence internationale de l’énergie atomique, et dont le secrétaire général a fait état dans son rapport sur les activités des organisations et des programmes des Nations unies se rapportant au milieu humain,

Consciente des importants travaux concernant les problèmes du milieu humain qu’effectuent actuellement des gouvernements ainsi que des organisations intergouvernementales, telles que l’Organisation de l’unité africaine, et des organisations non gouvernementales, telles que l’Union internationale pour la conservation de la nature et de ses ressources, le Conseil international des unions scientifiques et le Programme biologique international,

Ayant présentes à l’esprit les recommandations de la Conférence intergouvernementale d’experts sur les bases scientifiques de l’utilisation rationnelle et de la conservation des ressources de la biosphère, réunie par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture, avec la participation de l’Organisation des Nations unies, de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture et de l’Organisation mondiale de la santé,

Convaincue qu’il est nécessaire de redoubler d’efforts, à l’échelon national, régional et international, pour limiter et, lorsque cela est possible, faire cesser la détérioration du milieu humain ainsi que pour protéger et améliorer le milieu naturel dans l’intérêt de l’homme,

Désireuse d’encourager la poursuite des travaux dans ce domaine et de leur donner une perspective et une orientation communes, Jugeant souhaitable de fournir le moyen de procéder à un examen d’ensemble, dans le cadre des Nations unies, des problèmes du milieu humain afin d’appeler l’attention des gouvernements et de l’opinion publique sur l’importance et l’urgence de la question et aussi de circonscrire ceux de ses aspects qui ne peuvent être résolus que par voie de coopération et d’entente sur le plan international ou peuvent l’être au mieux par cette voie,

1. Décide, pour aider à atteindre les objectifs énoncés ci-dessus, de réunir en 1972 une Conférence des Nations unies sur le milieu humain ;

2. Prie le Secrétaire général, agissant en consultation avec le Comité consultatif sur l’application de la science et de la technique au développement, de présenter à l’Assemblée générale, lors de sa vingt-quatrième session, par l’intermédiaire du Conseil économique et social, a sa quarante-septième session, un rapport concernant :

a) La nature, la portée et l’état d’avancement des travaux en cours dans le domaine du milieu humain ;

b) Les principaux problèmes qui se posent aux pays développés et aux pays en voie de développement dans ce domaine et qu’il y aurait un intérêt particulier à examiner lors de cette conférence, notamment les possibilités d’une plus grande coopération internationale, spécialement en ce qui concerne le développement économique et social et plus particulièrement celui des pays en voie de développement ;

e) Les méthodes à suivre éventuellement pour préparer la Conférence et le temps que demanderaient ces préparatifs ;

d) La date et le lieu éventuels de la Conférence ;

e) L’ordre de grandeur des incidences financières que la convocation de la Conférence aurait pour l’Organisation des Nations unies ;

3. Prie en outre le secrétaire général, lors de l’élaboration du rapport, de consulter les gouvernements des États membres de l’Organisation des Nations unies ou membres d’institutions spécialisées ou de l’Agence internationale de l’énergie atomique, ainsi que les organismes compétents des Nations unies, et de faire appel aux organisations intergouvernementales et non gouvernementales compétentes pour qu’elles contribuent à ce travail.

1733e séance plénière,

3 décembre 1968

A/RES/2398(XXIII)