L’indépendance de l’État de Palestine est proclamé par le 19e Conseil national palestinien réuni à Alger du 2 au 15 novembre 1988. La déclaration est lue par Yasser Arafat dans la nuit du 14 au 15, vers une heure du matin. Dans une résolution politique adoptée la même nuit par 253 voix contre 46 et 10 abstentions, le Conseil national palestinien reconnaît les résolutions 242 et 338 du Conseil de sécurité des Nations unies.
DÉCLARATION D’INDÉPENDANCE DE L’ÉTAT DE PALESTINE
Au nom de Dieu, clément et miséricordieux.
Terre des messages divins révélés à l’humanité, la Palestine est le pays natal du peuple arabe palestinien. C’est là qu’il a grandi, qu’il s’est développé et qu’il s’est épanoui. Son existence nationale et humaine s’y est affirmée, dans une relation organique ininterrompue et inaltérée, entre le peuple, sa terre et son histoire.
Continuellement enraciné dans son espace, le peuple arabe palestinien a forgé son identité nationale, et s’est élevé, par son acharnement à la défendre, jusqu’au niveau de l’impossible… En dépit de la fascination suscitée par cette terre ancienne et par sa position cruciale à la charnière des civilisations et des puissances ; en dépit des visées, des ambitions et des invasions qui ont empêché le peuple arabe palestinien de réaliser son indépendance politique, l’attachement permanent de ce peuple à sa terre a néanmoins imprimé au pays son identité et au peuple son caractère national.
Inspiré par la multiplicité des civilisations et la diversité des cultures, y puisant ses traditions spirituelles et temporelles, le peuple arabe palestinien s’est développé dans une complète unité entre l’homme et son sol. Sur les pas des prophètes qui se sont succédé sur cette terre bénie, c’est de ses mosquées, de ses églises et de ses synagogues que se sont élevés les louanges au Créateur et les cantiques de la miséricorde et de la paix.
Le peuple arabe palestinien n’a jamais cessé de défendre sa patrie. De génération en génération, ses révoltes successives ont concrétisé son aspiration à la liberté et à l’indépendance nationale.
Pourtant, lorsque le monde contemporain entreprit d’instaurer un nouvel ordre, les rapports de force régionaux et internationaux aboutirent à l’exclusion du Palestinien du destin commun, et il apparut, une fois encore, que la justice était incapable par elle-même de faire tourner la roue de l’histoire.
À la blessure infligée dans le corps palestinien privé de son indépendance et soumis à une occupation d’un type nouveau vint s’ajouter la tentative d’accréditer la fiction selon laquelle la Palestine était une « terre sans peuple ». Malgré cette falsification historique, la communauté internationale, par l’article 22 de la Charte de la Société des Nations, adoptée en 1919, et par le traité de Lausanne signé en 1923, reconnaissait implicitement que le peuple arabe palestinien, à l’instar des autres peuples arabes détachés de l’Empire ottoman, était un peuple libre et indépendant.
En dépit de l’injustice historique imposée au peuple arabe palestinien, qui a abouti à sa dispersion et l’a privé de son droit à l’autodétermination au lendemain de la résolution 181 (1947) de l’Assemblée générale des Nations unies recommandant le partage de la Palestine en deux États, l’un arabe et l’autre juif, il n’en demeure pas moins que c’est cette résolution qui assure, aujourd’hui encore, les conditions de légitimité internationale qui garantissent également le droit du peuple arabe palestinien à la souveraineté et à l’indépendance.
L’occupation par étapes des territoires palestiniens et d’autres portions de territoires arabes, la dépossession et l’expulsion délibérée de la majorité des habitants de la Palestine par le terrorisme organisé, la soumission de ceux qui étaient restés dans leur patrie à l’occupation, à l’oppression et à la destruction des fondements de leur vie nationale, constituent autant de violations flagrantes des principes de la légalité internationale, de la Charte des Nations unies et de ses résolutions, qui reconnaissent les droits nationaux du peuple arabe palestinien, y compris son droit au retour, à l’autodétermination, à l’indépendance et à la souveraineté sur son sol national.
Au cœur de la patrie et autour d’elle, dans les exils proches ou lointains, jamais le peuple arabe palestinien n’a perdu sa foi en son droit au retour et à l’indépendance. L’occupation, les massacres et la dispersion n’ont pas réussi à rendre le Palestinien étranger à sa conscience et à son identité. Il a continué son combat acharné, approfondissant sa personnalité nationale à travers l’expérience d’une lutte illimitée.
Cette volonté nationale s’est incarnée dans un cadre politique, l’Organisation de libération de la Palestine, son unique représentant légitime, reconnue par la communauté internationale représentée par l’Organisation des Nations unies et ses instances, ainsi que par les autres organisations régionales et internationales. Se fondant sur les droits inaliénables du peuple arabe palestinien, sur le consensus arabe ainsi que sur la légalité internationale, l’OLP a conduit les combats de son grand peuple, galvanisé par une unité nationale exemplaire et une résistance sans faille aux massacres et à l’état de siège, à l’intérieur comme à l’extérieur de sa patrie. Cette épopée palestinienne s’est imposée à la conscience arabe et internationale comme l’un des mouvements de libération nationale les plus remarquables de notre temps.
Le grand soulèvement populaire, l’Intifada, en plein essor dans les territoires palestiniens occupés, comme l’opiniâtre résistance des camps de réfugiés à l’extérieur de la patrie, ont élevé la conscience universelle de la réalité et des droits nationaux palestiniens à un niveau supérieur de perception et de compréhension. Le rideau est finalement tombé sur toute une époque de falsifications et de sommeil des consciences. L’Intifada a entrepris le siège de la mentalité israélienne officielle, accoutumée à s’en remettre à la terreur pour nier l’existence nationale palestinienne.
Avec l’Intifada, et l’expérience révolutionnaire accumulée, le temps palestinien est parvenu au seuil d’un tournant historique décisif. Le peuple arabe palestinien réaffirme aujourd’hui ses droits inaliénables et leur exercice sur le sol palestinien.
Conformément aux droits naturels, historiques et légaux du peuple arabe palestinien à sa patrie, la Palestine, et fort des sacrifices des générations successives de Palestiniens pour la défense de la liberté et de l’indépendance de leur patrie,
Sur la base des résolutions des sommets arabes,
En vertu de la primauté du droit et de la légalité internationale incarnées par les résolutions de l’Organisation des Nations unies depuis 1947,
Exerçant le droit du peuple arabe palestinien à l’autodétermination, à l’indépendance politique et à la souveraineté sur son sol,
Le Conseil national palestinien, au nom de Dieu et au nom du peuple arabe palestinien, proclame l’établissement de l’État de Palestine sur notre terre palestinienne, avec pour capitale Jérusalem, al-Quds al-Sharif.
L’État de Palestine est l’État des Palestiniens où qu’ils soient. C’est dans ce cadre qu’ils pourront développer leur identité nationale et culturelle, jouir de la pleine égalité des droits, pratiquer librement leurs religions et exprimer sans entraves leurs convictions politiques.
Là sera respectée leur dignité humaine dans un régime parlementaire démocratique fondé sur la liberté de pensée, la liberté de constituer des partis, le respect par la majorité des droits de la minorité, et le respect par la minorité des décisions de la majorité. Ce régime sera fondé sur la justice sociale, l’égalité et l’absence de toute forme de discrimination sur la base de la race, de la religion, de la couleur ou du sexe, dans le cadre d’une Constitution qui garantit la primauté de la loi et l’indépendance de la justice, et en totale fidélité aux traditions spirituelles palestiniennes, traditions de tolérance et de cohabitation généreuse entre les communautés religieuses à travers les siècles.
L’État de Palestine est un État arabe, indissociable de la nation arabe, de son héritage et de sa civilisation, et de ses aspirations à la libération, le développement, la démocratie et l’unité. Réaffirmant son engagement à l’égard de la Charte de la Ligue des États arabes, et sa détermination à consolider l’action arabe commune, l’État de Palestine en appelle aux fils de la nation arabe pour qu’ils l’aident à achever son établissement effectif, en mobilisant leur potentiel et en intensifiant leurs efforts pour mettre fin à l’occupation israélienne.
L’État de Palestine proclame son adhésion aux principes et aux objectifs de l’Organisation des Nations unies, à la Déclaration universelle des droits de l’homme, ainsi qu’aux principes et à la politique du non-alignement.
L’État de Palestine est un État épris de paix, attaché aux principes de la coexistence pacifique. Il coopérera avec tous les États et les peuples du monde pour instaurer une paix durable basée sur la justice et le respect des droits, qui permettra l’épanouissement des potentialités créatrices de l’humanité et éliminera la peur du lendemain en garantissant un avenir sûr à ceux qui aspirent à la justice.
Dans la poursuite de sa lutte pour l’avènement de la paix sur la terre de l’Amour et de la Paix, l’État de Palestine exhorte les Nations unies, qui portent une responsabilité particulière à l’égard du peuple arabe palestinien et de sa patrie, ainsi que tous les peuples et les États du monde à l’aider à réaliser ses objectifs et à mettre un terme à la tragédie de son peuple en lui garantissant la sécurité et en œuvrant pour mettre fin à l’occupation israélienne des territoires palestiniens.
L’État de Palestine affirme également qu’il croit au règlement des conflits régionaux et internationaux par des moyens pacifiques, conformément à la Charte et aux résolutions des Nations unies. Il condamne la menace de l’usage de la force, la violence et le terrorisme, de même qu’il rejette leur utilisation contre son intégrité territoriale ou celle d’autres États. Cela sans contester son droit naturel à défendre son territoire et son indépendance.
En ce 15 novembre 1988, jour à nul autre pareil, au seuil d’une ère nouvelle, nous nous inclinons humblement et respectueusement devant nos martyrs et ceux de la nation arabe, qui par la pureté de leur sacrifice ont allumé la flamme de cette aurore résolue. Ils sont tombés pour que vive la patrie.
Aujourd’hui nos cœurs sont illuminés par la flamme de l’Intifada, par la grandeur des résistants dans les camps, la dispersion et l’exil, et par ceux qui lèvent l’étendard de la liberté : nos enfants, nos vieillards, notre jeunesse, nos prisonniers, accrochés à notre terre sacrée, dans chaque camp, chaque village, chaque ville. Nous rendons hommage à la femme palestinienne, héroïque gardienne de notre pérennité et de notre existence, et du feu qui nous anime.
Devant nos martyrs, devant les masses de notre peuple arabe palestinien, devant notre nation arabe et devant tous les hommes épris de paix et de dignité dans le monde, nous faisons le serment de poursuivre la lutte pour mettre fin à l’occupation et établir notre souveraineté et notre indépendance.
Nous appelons notre grand peuple à se rallier autour de son drapeau palestinien, à en être fier et à le défendre pour qu’il demeure à jamais le symbole de notre liberté et de notre dignité dans une patrie qui restera à jamais une patrie libre pour un peuple d’hommes et de femmes libres.
Au nom de Dieu, clément et miséricordieux
Dis : « Ô Dieu, maître du règne, Tu donnes le règne à qui Tu veux, et Tu arraches le règne de qui Tu veux ; et Tu donnes puissance à qui Tu veux, et Tu humilies qui Tu veux. Le bien est en Ta main. En vérité Tu es omnipotent. »
« Déclaration d’indépendance de l’État de Palestine », Revue d’études palestiniennes, no 30, hiver 1989, Institut d’études palestiniennes, décembre 1988, pp. 3-7.