Les combats de la Résistance et la refondation républicaine (1940-1947)

I. La Résistance (1940-1944)
A. La France libre
B. La Résistance intérieure
C. L’unité de la Résistance
II. Le Gouvernement provisoire de la République française (1944-1946)
A. Le rétablissement de la République
B. L’adoption d’une nouvelle constitution
C. L’approfondissement de la construction républicaine
III. La mise en place de la IVe République (1947)
A. Le fonctionnement des institutions
B. L’évolution des majorités de gouvernement : du tripartisme à la troisième force
C. Une double opposition

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La défaite de 1940 entraîne la signature d’un armistice avec l’Allemagne puis la disparition de la IIIe République au profit du régime de Vichy, un régime antirépublicain et antidémocratique, dirigé par le maréchal Pétain et qui s’engage dans une politique de collaboration.

Chronologie indicative : la défaite de 1940 et la naissance du régime de Vichy (1939-1940)

3 septembre 1939 : La France, comme le Royaume-Uni, déclare la guerre à l’Allemagne : début de la « drôle de guerre ».

20 mars 1940 : Paul Reynaud remplace Édouard Daladier à la présidence du Conseil : formation d’un nouveau gouvernement.

28 mars 1940 : La France et le Royaume-Uni s’engagent à ne pas conclure « d’armistice ou de traité de paix durant la présente guerre, si ce n’est d’un commun accord ».

10 mai 1940 : Début de l’offensive allemande à l’ouest.

13 mai 1940 : Percée de Sedan : les Allemands franchissent la Meuse.

18 mai 1940 : Le maréchal Pétain (1856-1951) devient vice-président du Conseil dans le gouvernement de Paul Reynaud.

20 mai 1940 : Les Allemands atteignent la Manche.

6 juin 1940 : Le général de Gaulle (1890-1970) devient sous-secrétaire d’État à la Guerre et à la Défense nationale dans le gouvernement Paul Reynaud.

6-9 juin 1940 : Le front établi sur la Somme et sur l’Aisne est rompu.

10 juin 1940 : Le gouvernement quitte Paris pour Tours.

14 juin 1940 : Les Allemands entrent à Paris, le gouvernement quitte Tours pour Bordeaux.

16 juin 1940 : Démission de Paul Reynaud, formation d’un nouveau gouvernement présidé par le maréchal Pétain et favorable à l’armistice.

17 juin 1940 : Le nouveau président du Conseil prononce une allocution radiodiffusée dans laquelle il annonce son intention de mettre fin à la guerre.

22 juin 1940 : Signature de l’armistice : occupation par l’Allemagne de la moitié nord du pays et de toute la façade atlantique.

29 juin 1940 : Le gouvernement quitte Bordeaux pour Clermont-Ferrand puis s’établit à Vichy le 1er juillet 1940.

10 juillet 1940 : Réunies à Vichy, les deux chambres de la IIIe République adoptent une loi constitutionnelle qui attribue au gouvernement du maréchal Pétain le pouvoir de promulguer une « Constitution de l’État français ».

11-12 juillet 1940 : Promulgation de quatre actes constitutionnels : Pétain devient « chef de l’État français » et dispose de la « plénitude du pouvoir gouvernemental », Pierre Laval est nommé vice-président du Conseil.

3 octobre 1940 : Promulgation d’un « statut des juifs » dont les dispositions sont discriminatoires.

24 octobre 1940 : Pétain rencontre Hitler à Montoire et s’engage dans la collaboration.

Le choix de l’armistice ouvre la voie au régime de Vichy. Au début de juin 1940, le gouvernement et l’état-major s’accordent à penser que la bataille est perdue sur le sol national et que la cessation des hostilités est inéluctable, mais il existe plusieurs solutions qui font l’objet d’un débat au sein du cabinet. Le maréchal Pétain, vice-président du Conseil et le général Weygand, généralissime, sont favorables à un armistice, une convention conclue avec l’ennemi et signée au nom du gouvernement, lequel s’engage donc à en respecter les dispositions. Le président du Conseil, Paul Rey-naud, sous l’influence du général de Gaulle, plaide au contraire pour une « capitulation » de l’armée en métropole ou pour un cessez-le-feu unilatéral, ce qui permettrait au gouvernement de passer en Afrique du Nord et de poursuivre la guerre. Les partisans de l’armistice finissent par l’emporter. Paul Reynaud démissionne dans la soirée du 16 juin 1940 et le maréchal Pétain, nouveau président du Conseil, demande l’armistice, lequel est signé le 22 juin 1940. Le nouveau gouvernement s’établit à Vichy (1er juillet 1940) et croit trouver dans la défaite l’occasion de fonder une « France nouvelle ».

Le régime de Vichy est antirépublicain et antidémocratique. Réunies à Vichy (10 juillet 1940), les deux chambres de la IIIe République adoptent une loi constitutionnelle qui attribue au gouvernement du maréchal Pétain le pouvoir de promulguer une « Constitution de l’État français ». Pétain devient alors « chef de l’État français » (11 juillet 1940) et fonde un régime autoritaire, d’inspiration contre-révolutionnaire, mais non pas « fasciste » puisqu’il ne s’appuie pas sur un parti unique et ne peut s’engager dans une politique d’expansion territoriale. Il entreprend par la « Révolution nationale » de construire une « France nouvelle » faite non plus d’individus libres et égaux en droits, mais de corps hiérarchisés : « travail, famille, patrie ». Il développe une conception exclusive de la nation (nationalisme d’exclusion) et adopte une législation antisémite à partir de 1940. La création de la Milice en 1943 et l’influence qu’elle acquiert dans l’appareil d’État rapproche le régime du modèle totalitaire à la fin de la guerre.

Le régime de Vichy s’engage dans une collaboration d’État avec l’Allemagne nazie. La collaboration est administrative et policière : lutte contre la résistance, arrestation et déportation des juifs. Elle est aussi économique : envoi de travailleurs français en Allemagne dans le cadre de la Relève (22 juin 1942) puis du Service du travail obligatoire (16 février 1943). Elle est enfin militaire : le régime de Vichy n’entre pas dans la guerre aux côtés de l’Allemagne, mais il met à sa disposition des bases aériennes ou navales dans l’empire. Présentée comme un libre choix destiné à assouplir le régime d’occupation, la collaboration sert les intérêts de l’Allemagne.

I. La Résistance (1940-1944)

La Résistance exprime avant tout un refus de la défaite et vise à la libération du territoire, mais elle formule aussi pour l’après-guerre des objectifs politiques, économiques et sociaux. Elle associe l’action du général de Gaulle et celle des mouvements de résistance formés sur le sol national.

A. La France libre

Le général de Gaulle quitte Bordeaux pour Londres le 17 juin 1940 et appelle les Français à la résistance dans une allocution radiodiffusée le lendemain par la BBC. Reconnu par les Britanniques comme le « chef de tous les Français libres », de Gaulle entend maintenir la France dans la guerre, se présente comme le dépositaire de la souveraineté française et affirme son attachement aux principes républicains et démocratiques.

De Gaulle refuse l’armistice et entend maintenir la France dans la guerre en recrutant des volontaires qui formeraient une « légion française » susceptible de se battre au côté des Alliés (26 juin 1940) : 1 500 hommes à la mi-juillet 1940, lesquels constituent les Forces françaises libres dont l’emblème est la croix de Lorraine ; 60 000 hommes à l’été 1943. La France reste donc présente dans la guerre : en 1941, le colonel Leclerc s’em-pare de l’oasis libyenne de Koufra occupée par les Italiens ; en 1942, le général Kœnig parvient à retarder l’avance de Rommel vers l’Égypte en résistant à Bir-Hakeim (Libye).

De Gaulle conteste la légalité du régime de Vichy, se présente comme le dépositaire de la souveraineté française, entend exercer ses pouvoirs « au nom de la France » et reconstituer une sorte de gouvernement en exil. Il établit un Conseil de défense de l’empire (27 octobre 1940) après le ralliement de l’AEF[1] à la France libre puis un Comité national français (24 septembre 1941), mais il n’est pas reconnu par les Alliés comme le chef d’un gouvernement en exil. Après le débarquement allié en Afrique du Nord[2] (8 novembre 1942), les États-Unis confient le pouvoir à l’ami-ral Darlan puis au général Giraud et tiennent de Gaulle à l’écart.

De Gaulle porte un jugement sévère sur la IIIe République en raison de la défaite de 1940, mais il affirme son attachement aux principes républicains et démocratiques afin de rassurer les Alliés ou la Résistance sur ses intentions politiques. Dès 1940, dans le manifeste de Brazzaville, il prend « l’engagement solennel de rendre compte de [ses] actes aux représentants du peuple français dès qu’il lui aura été possible d’en désigner librement » (27 octobre 1940). L’année suivante, dans un discours adressé aux Français de Grande-Bretagne, il se réfère à la devise républicaine et affirme son attachement aux « principes démocratiques » (15 novembre 1941). En 1942, dans un message destiné à la Résistance, il précise ses intentions politiques pour l’après-guerre : le rétablissement des libertés publiques et l’élection d’une assemblée nationale au suffrage universel masculin et féminin (28 avril 1942).

B. La Résistance intérieure

La « Résistance » au sens strict se développe sur le sol national à partir de l’été 1940. Elle reste très minoritaire, mais donne naissance à plusieurs grands mouvements et s’étend à partir de 1942.

La Résistance se manifeste sur le sol national dès l’annonce de la fin des hostilités, mais elle reste très minoritaire et inorganisée. Elle exprime avant tout un refus de la défaite et se traduit par des distributions de tracts, des actes de sabotage ou des manifestations publiques (11 novembre 1940). Elle témoigne parfois d’une opposition à l’idéologie nazie, mais elle n’est pas unanime à l’égard du régime de Vichy : l’effondrement de la IIIe République et le prestige du maréchal Pétain conduisent certains résistants à approuver dans un premier temps la naissance de l’« État français ». Elle repose dans certains cas sur un engagement politique antérieur à la guerre, le plus souvent à gauche, mais la droite nationaliste est également représentée.

La Résistance s’organise dans la clandestinité dès la fin de l’année 1940 et donne finalement naissance à plusieurs grands mouvements dont l’action est à la fois politique et militaire : Combat, Franc-Tireur et Libération-Sud en zone sud, CDLL, CDLR, Libération-Nord et l’OCM en zone occupée. Ces mouvements présentent des orientations politiques différentes, socialiste (Libération-Nord), démocrate-chrétienne (l’une des composantes de Combat) ou conservatrice (CCDL). Présent dans les deux zones, le Front national (1941) est lié au Parti communiste, lequel s’engage massivement dans la Résistance à partir de 1941 et constitue une organisation de lutte armée, les FTP. Il existe en outre des réseaux constitués en relation avec les services de renseignements britanniques ou français libres : ils collectent des renseignements, organisent des filières d’évasion ou commettent des actes de sabotage.

La Résistance s’étend à partir de 1942 et gagne en légitimité auprès des Français. Les rafles anti-juives de l’été 1942 indignent une partie de la population et donnent lieu à des protestations ou à des actes de solidarité. L’occupation par les Allemands de la zone sud (11 novembre 1942) accentue le discrédit du régime de Vichy puisque la France est désormais tout entière occupée. La création de la Relève (22 juin 1942) puis celle du STO (16 février 1943) renforcent la légitimité de la Résistance, laquelle secourt ou accueille une partie des réfractaires. Les premiers « maquis[3] » se forment à la fin de l’année 1942.

C. L’unité de la Résistance

Le général de Gaulle s’efforce de faire l’unité de la Résistance afin de renforcer sa propre autorité et parvient à constituer un gouvernement provisoire dont la vocation est d’exercer le pouvoir en France à la Libération.

De Gaulle est d’abord affaibli par la libération des territoires français d’Afrique du Nord. À Alger, les Alliés s’appuient en effet sur le général Giraud, évadé d’Allemagne en 1942 et maréchaliste. Nommé « commandant en chef civil et militaire » (26 décembre 1942), il conserve la législation de Vichy et ne reconnaît pas l’autorité du général de Gaulle et du Comité national français.

De Gaulle parvient à obtenir le soutien de la Résistance intérieure. Il dispose depuis 1942 d’un représentant en France, l’ancien préfet Jean Moulin, lequel s’efforce de faire l’unité de la Résistance : création des MUR qui regroupent les trois grands mouvements de la zone sud (26 janvier 1943), formation du CNR, lequel réunit des représentants de huit mouvements de résistance, de six partis politiques et deux confédérations syndicales (27 mai 1943), création des FFI qui rassemblent l’ensemble des forces combattantes de la Résistance intérieure (29 décembre 1943). Dès sa première réunion, le CNR apporte son soutien au général de Gaulle (27 mai 1943). Il adopte l’année suivante un vaste programme de réformes à mettre en œuvre à la Libération : rétablissement du suffrage universel et des grandes libertés républicaines, « instauration d’une véritable démocratie économique et sociale » (15 mars 1944).

De Gaulle parvient à imposer son autorité au général Giraud. Arrivé à Alger le 30 mai 1943, il constitue et copréside avec lui un Comité français de Libération nationale (3 juin 1943) avant de l’écarter en novembre. Il réunit une Assemblée consultative provisoire qui siège à Alger et dont les membres sont en majorité nommés par le CNR. Il préside seul le Gouvernement provisoire de la République française qui succède au CFLN le 3 juin 1944 : sa vocation est d’exercer le pouvoir en France à la Libération en lieu et place du gouvernement militaire (AMGOT) prévu par les Alliés.

II. Le Gouvernement provisoire de la République française (1944-1946)

Le Gouvernement provisoire parvient à imposer son autorité sur le sol national après le débarquement des Alliés en Normandie (6 juin 1944), consulte les Français sur les institutions à donner au pays et met en œuvre de grandes réformes qui renouvellent le « pacte républicain ».

A. Le rétablissement de la République

Le général de Gaulle s’installe à Paris le 25 août 1944 : il soutient la thèse de la continuité républicaine, s’efforce de consolider l’autorité de son gouvernement et d’obtenir la pleine reconnaissance des Alliés.

De Gaulle soutient la thèse de la continuité républicaine. Dès le 9 août 1944, une ordonnance du Gouvernement provisoire affirme que la République n’a jamais « cessé d’exister » et déclare « nuls et de nul effet » tous les actes du gouvernement de Vichy, lequel est réputé illégal. Le 25 août 1944, à l’Hôtel de Ville, de Gaulle refuse de proclamer la République comme le lui demande le président du CNR, Georges Bidault : « La République n’a jamais cessé d’être. La France libre, la France combattante, le Comité français de libération nationale l’ont, tour à tour, incorporée. Vichy fut toujours, et demeure nul et non avenu. Moi-même suis le président du gouvernement de la République. Pourquoi irais-je la proclamer ? » Il s’installe le même jour non pas à l’hôtel Matignon ou au palais de l’Élysée mais à l’hôtel de Brienne, siège du ministère de la Guerre qu’il avait quitté avec Paul Reynaud dans la nuit du 10 juin 1940.

De Gaulle s’efforce de consolider l’autorité de son gouvernement à l’égard des Alliés et de la Résistance. Dès le 14 juin 1944, il accomplit une première visite en France et nomme à Bayeux un commissaire de la République dépendant du GPRF afin de devancer la mise en place d’un gouvernement militaire allié (AMGOT). Partout en France, des commissaires de la République se substituent aux Comités départementaux de la Libération issus de la Résistance. Les FFI sont incorporées dans l’armée régulière (19 septembre 1944) et les milices patriotiques dépendantes des CDL sont dissoutes. Le GPRF s’efforce d’enca-drer l’épuration qui vise les collaborateurs : création d’une Haute Cour de Justice[4], de chambres départementales de justice et de chambres civiques.

De Gaulle s’efforce de rendre à la France sa place dans le monde. L’armée française participe à la libération du territoire (Paris, 25 août 1944 ; Strasbourg, 23 novembre 1944) et entre en Allemagne (19 mars 1945). Le GPRF est pleinement reconnu par les Alliés le 23 octobre 1944, mais la France n’est pas invitée aux deux grandes conférences de l’année 1945 (Yalta en février, Potsdam en juillet). Elle obtient cependant une zone d’occupation en Allemagne et un siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU.

B. L’adoption d’une nouvelle constitution

Les Français renoncent à rétablir la Constitution de 1875 et optent pour la création d’une IVe République, mais l’élaboration de la nouvelle Constitution donne lieu à des désaccords qui portent sur les rapports entre l’exécutif et le législatif.

Les Français élisent une assemblée le 21 octobre 1945 au suffrage universel direct masculin et féminin et répondent le même jour à un référendum qui porte sur les pouvoirs à donner à la nouvelle assemblée. L’assemblée élue est dominée par trois partis qui se partagent les trois quarts des sièges : le PCF, premier parti de l’Assemblée, la SFIO et le MRP, un parti démocrate-chrétien créé l’année précédente, situé au centre-gauche, mais dont l’électorat vient en partie de la droite. Elle est chargée de préparer une nouvelle constitution, laquelle doit ensuite être soumise à l’approbation des Français par voie de référendum. L’Assemblée est donc constituante : un retour à la IIIe République est écarté.

L’Assemblée constituante reconduit de Gaulle à la présidence du Gouvernement provisoire (13 novembre 1945), mais elle entre bientôt en conflit avec lui. Seule élue au suffrage universel, elle entend contrôler étroitement l’action de son gouvernement. De Gaulle de son côté déplore la réapparition du « régime exclusif des partis » et désapprouve les projets constitutionnels de la majorité : il démissionne le 20 janvier 1946[5]. L’Assemblée poursuit néanmoins ses travaux et adopte une constitution (19 avril 1946) qui ne satisfait pas le MRP : un régime d’assemblée et monocaméral. Soumise au référendum, la Constitution est rejetée par les Français (5 mai 1946).

Les Français élisent alors une seconde assemblée (2 juin 1946) qui entreprend de rédiger une nouvelle constitution. Le MRP est désormais le premier parti de l’Assemblée et plaide pour une constitution qui garantisse l’équilibre des pouvoirs. À Bayeux, le 16 juin 1946, de Gaulle expose son propre projet : un régime parlementaire, mais bicaméral et pourvu d’un exécutif renforcé. La nouvelle Constitution est adoptée le 29 septembre 1946 : elle cherche à garantir l’équilibre des pouvoirs, mais ne satisfait pas le général de Gaulle qui appelle les Français à la rejeter. Elle est cependant adoptée le 13 octobre 1946, mais l’abstention est forte : un tiers des électeurs inscrits.

C. L’approfondissement de la construction républicaine

Le Gouvernement provisoire accomplit des réformes conformes au programme du CNR et dont les principes sont inscrits dans le préambule de la Constitution de 1946 : elles reconnaissent l’égalité des sexes, définissent des droits économiques et sociaux et donnent à l’État les moyens d’intervenir dans l’économie.

Le préambule de la Constitution (1946) affirme le principe d’égalité des sexes « dans tous les domaines », mais sa mise en œuvre reste incomplète. Les femmes acquièrent la capacité politique dès 1944 et la notion de « salaire féminin » est supprimée en 1945, mais les deux sexes ne disposent pas des mêmes droits dans le cadre du mariage.

Le Gouvernement provisoire crée la Sécurité sociale (1944) et les comités d’entreprises (1945-1946). La Sécurité sociale garantit des ressources de remplacement aux individus confrontés aux aléas de l’existence : maladie, accident du travail, maternité, charges de famille, vieillesse. Elle fonde un « État-providence » et contribue à la cohésion sociale. Les comités d’entreprises assurent la représentation des salariés au sein des entreprises.

Le Gouvernement provisoire donne à l’État les moyens d’intervenir dans l’économie. La planification vise à programmer les investissements publics et à orienter les choix économiques des entreprises. Elle dépend d’un « Commissariat général » créé en 1946 et placé sous l’autorité de Jean Monnet. Le premier plan est adopté par le gouvernement au début de l’année 1947. Les nationalisations (1944-1946) entraînent la formation de puissantes entreprises publiques dans différents secteurs : l’énergie (Charbonnages de France, EDF et GDF), le transport (Air France), les banques et les assurances.

III. La mise en place de la IVe République (1947)

La mise en place des institutions de la IVe République s’achève au début de l’année 1947 : élections législatives (10 novembre 1946), élection présidentielle (16 janvier 1947), investiture du président du Conseil (21 janvier 1947).

A. Le fonctionnement des institutions

La constitution de la IVe République s’efforce de garantir l’équilibre des pouvoirs, mais l’Assem-blée nationale reste prépondérante. La pratique politique et le mode de scrutin renforcent son rôle dans le fonctionnement des institutions.

Le régime est bicaméral, mais la chambre basse prend le nom d’Assemblée nationale et les pouvoirs de la seconde chambre, appelée Conseil de la République, sont réduits. Le président de la République est élu par les deux chambres, mais c’est l’Assemblée nationale, et elle seule, qui investit[6] le président du Conseil ou le renverse. C’est elle, et elle seule, qui vote la loi : la seconde chambre se borne à émettre des avis.

La pratique politique renforce le rôle de l’Assemblée nationale dans le fonctionnement des institutions. Les présidents du Conseil prennent en effet l’habitude de composer leur gouvernement en accord avec les partis qui composent leur majorité et demandent ensuite à l’Assemblée d’approu-ver la composition de leur cabinet par un deuxième vote d’investiture (double investiture).

Les majorités parlementaires restent fragiles en raison du mode de scrutin utilisé pour désigner l’Assemblée nationale : un scrutin de liste départemental à un tour avec répartition des sièges à la proportionnelle[7]. L’Assemblée nationale réunit donc un grand nombre de partis et les majorités sont des majorités de coalition. La IVe République est confrontée à l’instabilité parlementaire.

B. L’évolution des majorités de gouvernement : du tripartisme à la troisième force

Le premier gouvernement de la IVe République s’appuie à l’Assemblée sur une majorité tripartite, mais celle-ci se défait en 1947 : la « troisième force » succède alors au « tripartisme ».

Le socialiste Paul Ramadier constitue le premier gouvernement de la IVe République en janvier 1947. Désigné par le président de la République, Vincent Auriol, il obtient le soutien d’une majorité de coalition qui comprend les trois principaux partis représentés à l’Assemblée (PCF, SFIO et MRP) et des forces politiques d’appoint (UDSR, radicaux et modérés). Il constitue un gouvernement tripartite élargi qui réunit des ministres appartenant aux différentes composantes de sa majorité et demande à l’Assemblée d’approuver la composition de son cabinet par un second vote d’investiture.

La majorité tripartite se défait en 1947 en raison de désaccords internes qui opposent le PCF et les autres composantes de la majorité. Le PCF désapprouve la politique de blocage des salaires et des prix destinée à lutter contre l’inflation. Il condamne l’engagement de la France dans une guerre en Indochine (19 décembre 1946) et la répression d’une insurrection à Madagascar (29-30 mars 1947). Il affirme sa solidarité avec l’Union soviétique alors que le début de la guerre froide place la France dans le camp occidental. Le 5 mai 1947, Paul Ramadier révoque les ministres communistes.

Le gouvernement s’appuie désormais sur une nouvelle majorité, dite de « troisième force », qui exclut les communistes. Elle rassemble la SFIO, le MRP et des forces politiques d’appoint. Elle est plus étroite que la précédente et reste fragile en raison de désaccords sur la politique économique et sociale. Affaibli, Paul Ramadier choisit de démissionner le 19 novembre 1947. La IVe République connaît ensuite une instabilité ministérielle chronique : la durée moyenne d’un cabinet ministériel, au cours de ses douze ans d’existence, est à peine supérieure à six mois.

C. Une double opposition

À partir de 1947, la IVe République et ses gouvernements successifs sont confrontés à deux oppositions, celle du PCF et celle du RPF.

Le PCF s’oppose à la troisième force, soutient l’Union soviétique alors que commence la Guerre froide et exploite le mécontentement social d’une partie de la population française. Il participe à la conférence de Szklarska Poreba (Pologne) qui réunit plusieurs partis communistes de l’Est et de l’Ouest en septembre 1947 : il approuve la doctrine Jdanov et adhère au Kominform, une organisation qui réunit neuf partis communistes dont le parti soviétique. Il soutient les grèves ouvrières qui éclatent en France à partir de 1947.

Le général de Gaulle est un opposant précoce à la IVe République. Il démissionne de la présidence du gouvernement provisoire le 20 janvier 1946 en raison de son désaccord avec le « système des partis » et désapprouve les textes constitutionnels préparés par l’Assemblée nationale après son départ. Le 7 avril 1947, à Strasbourg, il annonce la création du Rassemblement du peuple français. Il partage l’anticommunisme de la troisième force mais il combat les institutions de la IVe République, lesquelles condamneraient, selon lui, la France à l’impuissance. Aux élections municipales de 1947, le RPF obtient près de 40 pour 100 des suffrages et conquiert un grand nombre de villes.


Liste des sigles et acronymes

ACP : Assemblée consultative provisoire.

AEF : Afrique-Équatoriale française.

AMGOT : Allied Military Government of Occupied Territories, Gouvernement militaire allié des territoires occupés.

AOF : Afrique-Occidentale française.

CDL : Comités départementaux de la Libération.

CDLL : Ceux de la Libération.

CDLR : Ceux de la Résistance.

CFLN : Comité français de la Libération nationale.

CNR : Conseil national de la Résistance.

FTP ou FTPF : Francs-tireurs et partisans français.

GPRF : Gouvernement provisoire de la République française.

MRP : Mouvement républicain populaire.

MUR : Mouvements unis de Résistance.

OCM : Organisation civile et militaire.

ONU : Organisation des Nations unies.

PCF : Parti communiste français.

SFIO : Section française de l’Internationale ouvrière.

UDSR : Union démocratique et socialiste de la Résistance.


[1] L’Afrique-Équatoriale française rassemble quatre colonies : le Gabon, le Moyen-Congo, l’Oubangui-Chari et le Tchad. Elle se rallie à la France libre à partir du 26 août 1940 sous l’influence du gouverneur du Tchad, Félix Éboué. La majeure partie de l’Empire (Afrique du Nord, AOF et Indochine) reste néanmoins fidèle à Vichy.

[2] L’Afrique du Nord est sous domination française : les trois départements d’Algérie, les protectorats du Maroc et de Tunisie.

[3] Le maquis est une formation végétale méditerranéenne, mais le mot sert à désigner pendant la guerre tout rassemblement de réfractaires au travail obligatoire dans des refuges en forêt et dans les montagnes.

[4] Le maréchal Pétain est condamné à mort par la Haute Cour de justice (23 juillet-14 août 1945) ; sa peine est commuée en détention à vie par le général de Gaulle, à la demande du tribunal ; il est emprisonné au fort du Portalet dans les Pyrénées puis dans à l’île d’Yeu où il meurt le 23 juillet 1951. L’ancien vice-président du Conseil du maréchal Pétain, Pierre Laval, est condamné à mort (4-9 octobre 1945) et exécuté le 15 octobre 1945.

[5] Le gouvernement reste néanmoins « provisoire » jusqu’à la mise en place des institutions de la IVe République. Les successeurs du général de Gaulle sont : le socialiste Félix Gouin, le démocrate-chrétien Georges Bidault, le socialiste Léon Blum.

[6] Le président du Conseil est désigné par le président de la République, mais il doit ensuite se présenter devant l’Assemblée, laquelle décide par un vote de lui accorder ou non sa confiance. En cas d’échec, le président de la République désigne un autre président du Conseil.

[7] La représentation proportionnelle répartit le nombre de sièges à pourvoir en fonction du nombre de voix obtenu par chacune des listes de candidats (scrutin de liste).