Faut-il une majuscule à grand oral ?

L’arrêté du 16 juillet 2018 « relatif aux épreuves du baccalauréat » institue, dans son article 8, une « épreuve orale obligatoire de vingt minutes » et lui donne un nom : « épreuve orale terminale ». Un rapport à ce sujet est remis au ministre de l’Éducation nationale le 19 juin 2019. Intitulé Faire du grand oral un levier d’égalité des chances, il n’emploie pas la majuscule dans son titre, ni dans aucune de ses quarante-neuf pages. L’arrêté du 22 juillet 2019 « relatif à la nature et à la durée des épreuves terminales du baccalauréat » confirme le nom de l’épreuve, sa durée et son coefficient, sans reprendre l’hyperbole du rapporteur. La célèbre majuscule apparaît dans une note de service du 11 février 2020 portant définition de l’épreuve. Curieusement intitulée « Épreuve orale dite “Grand oral” de la classe de terminale… », elle indique dans son préambule qu’elle est applicable « pour l’épreuve orale terminale (dite épreuve du Grand oral) ». La majuscule est insolite. Est-elle justifiée ? Si tel était le cas, il faudrait commencer par l’attribuer au nom avant de l’ajouter à l’adjectif puisqu’il est placé avant. On écrirait alors : le Grand Oral, comme on écrit la Grande Mademoiselle, la Grande Guerre, la Grande Muraille ou la Grande Zohra. Sauf qu’elle n’est pas justifiée. Le grand oral n’est pas la fille du Grand Monsieur, ni le nom propre d’un événement historique ou d’un lieu géographique, ni le titre d’une œuvre littéraire. Les noms d’examen, de concours ou d’épreuve, en français, ne prennent pas de majuscule.

Dans un ouvrage de méthode des années 1980 — Grand oral (1989), après Culture générale (1988) —, Odon Vallet rappelle l’origine de l’expression avant d’en donner une définition. Il n’emploie pas la majuscule.

Parmi les épreuves de culture générale, il y a un écrit auquel un ouvrage de cette collection a déjà été consacré. Il y a aussi un oral, souvent surnommé « grand oral » par les candidats voire par leurs parents, rarement par les examinateurs tenus au strict respect de l’égalité des épreuves à hauteur de leurs coefficients.

Cette appellation de grand oral a d’abord visé les entretiens avec les jurys des anciens concours des « grands corps » ainsi que le principal oral de sortie de l’École libre des sciences politiques. Après guerre, on a parlé de « grand oral » pour l’épreuve de conversation avec le jury de l’E.N.A. ainsi que de la plupart des concours administratifs. Par extension, on a pu utiliser cette expression pour l’oral des épreuves du diplôme de sciences-po, à l’Institut de Paris comme dans ceux de province.

Enfin, on peut rapprocher du « grand oral », sans pour autant les confondre avec celui-ci, certains entretiens avec une commission, notamment pour l’admission en année préparatoire ou en seconde année des instituts d’études politiques. Dans le même type d’épreuves, on peut inclure l’oral de « face à face » des concours d’écoles de commerce.

Récemment, ces entretiens avec une commission se sont étendus à des « préparations à la préparation« . Il s’agit d’entretiens en vue de l’admission à des cours privés préparant les examens de sciences-po ou à des cycles de préparation aux concours administratifs. Cette épreuve est alors particulièrement sélective et aléatoire puisqu’elle constitue parfois le principal voire le seul critère d’admission.

Plus généralement, la notion de « grand oral » s’applique à des degrés divers aux épreuves à programme assez large où les connaissances n’ont de valeur que par rapport à une réflexion et une expression. Cet oral est « grand ouvert » dans la mesure où il accueille souvent des données extra-scolaires relatives au travail personnel ou à l’itinéraire intellectuel du candidat. Mais il peut aussi causer un grand tort à celui-ci lorsqu’il ne peut dépasser l’allusif ni le superficiel. Le candidat est toujours menacé par le trop et le trop peu, victime de l’éclat ou proie du vide.

Odon Vallet, Grand oral, Paris, Masson, 1989, pp. 9-10.