HGGSP
Épreuve écrite du baccalauréat
21 et 22 mai 2025
Premier sujet
Dissertation
— Les nouveaux espaces de conquête, des espaces de rivalités entre États ?
— La question environnementale aux États-Unis, une préoccupation ancienne et actuelle
Étude critique de documents
— Mémoire et histoire d’un conflit : la guerre d’Algérie
Document : un extrait du rapport Stora au président de la République (janvier 2021).
Les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie (Vie publique)
25HGGSPJ1AN1
Second sujet
Dissertation
— Connaissance et puissance des États, un lien fondamental
— L’affirmation des mémoires et la construction de l’histoire du génocide des Juifs et des Tsiganes depuis 1945
Étude critique de documents
— Les menaces sur la préservation du patrimoine
25-HGGSPPE2
Éléments de corrigé
Dissertation
Les nouveaux espaces de conquête, des espaces de rivalités entre États ?
La question environnementale aux États-Unis, une préoccupation ancienne et actuelle
Connaissance et puissance des États, un lien fondamental
L’affirmation des mémoires et la construction de l’histoire du génocide des Juifs et des Tsiganes
Étude critique de documents
Mémoires et histoire d’un conflit : la guerre d’Algérie
Les menaces sur la préservation du patrimoine
Les nouveaux espaces de conquête, des espaces de rivalités entre États ?
Le sujet est une phrase interrogative directe dans laquelle le verbe est omis : « Les nouveaux espaces de conquête [sont-ils] des espaces de rivalités entre États ? » Les « nouveaux espaces de conquête » sont ici l’Océan et l’espace extra-atmosphérique. La question porte sur l’attribut du sujet : « Sont-ils des espaces de rivalités entre États ? ». On peut montrer qu’ils le sont en effet : projection et dissuasion navales, partage des mers et de leur lit, course à l’espace, militarisation et arsenalisation. Il faut ensuite discuter cette affirmation. Le plan est forcément dialectique. Espaces de rivalités entre États, l’Océan et l’espace font néanmoins l’objet d’une coopération : discours du représentant maltais Arvid Pardo devant les Nations unies (1967), troisième conférence sur le droit de la mer et CNUDM (1973-1982), traités sur l’espace extra-atmosphérique (1967-1979), station spatiale internationale (1998). La discussion porte également sur le complément du complément du nom : « entre États ». L’Océan et l’espace sont des espaces de rivalités entre États, mais la compétition associe ou oppose d’autres acteurs : compagnies maritimes et transport de marchandises par mer, compagnies pétrolières et exploitation des gisements en mer, révision de la partie XI de la CNUDM et exploitation commerciale des grands fonds marins, deuxième âge spatial et privatisation de la course à l’espace, néo-mercantilisme et capitalisme de la finitude.
La question environnementale aux États-Unis, une préoccupation ancienne et actuelle
Le sujet réunit le passé et le présent. Il couvre une longue période. La solution la plus simple consiste à suivre un plan diachronique. La question environnementale s’ouvre aux États-Unis au XIXe siècle et le conservationnisme progressiste lui apporte une première réponse : conquête de l’Ouest et fin de la frontière (1890), préservationnisme et conservationnisme, Yosemite Grant Act (1864), ère progressiste et New Deal. Une seconde prise de conscience se manifeste dans les années 1960 et 1970 : Silent Spring de Rachel Carson (1964), marée noire de Santa Barbara (1969) et premier Earth Day (22 avril 1970), environnementalisme moderne, présidences démocrates Johnson et Kennedy, présidence républicaine Nixon et création de l’Environmental Protection Agency ; s’installe ainsi un consensus bipartisan dont il ne faut pas exagérer la portée. Sa remise en cause se dessine dans les années 1980 et trouve sa dernière expression dans le « drill, baby, drill » du Parti républicain (2008), un mot d’ordre repris par Donald Trump en 2024 : tournant néolibéral et néoconservateur, présidences Reagan, Bush, W. Bush et Trump, polarisation partisane, climato-scepticisme et radicalisation du débat politique.
Connaissance et puissance des États, un lien fondamental
Le sujet établit une relation entre deux termes. La conjonction de coordination suffit à l’établir, l’apposition est une précaution à l’usage des esprits distraits. C’est bien la relation qu’il faut étudier, non pas chacun des deux termes du sujet. On se souviendra de l’aphorisme : Scientia potentia est. On ne s’interdira pas d’envisager la réciproque : Wissen ist Macht, Macht ist Wissen. On peut montrer que la connaissance est une condition de la puissance des États : éducation et formation du capital humain, recherche et innovation technologique, renseignement et avantage stratégique. On peut ensuite examiner la réciproque, montrer que la puissance des États favorise la production ou le contrôle de la connaissance : concentration des universités et instituts de recherche de notoriété internationale, attraction de la mobilité étudiante internationale et drainage des cerveaux, définition des normes et pratiques, y compris l’usage généralisé de l’anglais, puissance des médias de masse et des services de contre-espionnage. On peut enfin montrer que la politique des États associe exercice de la puissance et maîtrise de la connnaissance ; en témoigne leur action dans les trois espaces communs : grands fonds marins, espace circumterrestre, cyberespace. Le sujet porte sur le sixième thème, mais il n’est pas interdit d’explorer le premier. Veiller dans cette hypothèse à formuler ses analyses dans les termes du sujet.
L’affirmation des mémoires et la construction de l’histoire du génocide des Juifs et des Tsiganes
Le sujet porte sur l’histoire et la mémoire des génocides nazis depuis 1945. La solution la plus simple consiste à suivre un plan diachronique. On peut utiliser la notion de cycle mémoriel (amnésie, anamnèse, hypermnésie), mais il faut éviter tout schématisme. Distinguer histoire et mémoire, s’interroger sur leurs rapports mutuels : l’histoire est une reconstitution savante, les mémoires sont des représentations collectives. Veiller à ne pas négliger le génocide des Tsiganes : une mémoire délaissée, une historiographie tardive, une moindre reconnaissance. La mémoire des décennies d’après-guerre reste lacunaire, mais le souvenir n’est pas complètement occulté : procès de Nuremberg, des lieux de mémoires, sites historiques, témoignages et œuvres de création, une première historiographie : Bréviaire de la haine de Léon Poliakov (1951). Les années 1960 et 1970 marquent un réveil des mémoires, mais l’origine et la portée du tournant restent discutées : procès Eichmann (1961), Eichmann à Jérusalem d’Hannah Arendt (1963), controverse du Vicaire (1963), guerre des Six Jours (1967), feuilleton Holocauste et tribune d’Elie Wiesel (1978) ; La Destruction des Juifs d’Europe de Raul Hilberg paraît en 1961, sans rencontrer d’abord une grande audience. Vient ensuite le temps de l’installation du souvenir : Shoah de Claude Lanzmann (1985), deuxième édition américaine de La Destruction des Juifs d’Europe (1985), Les Années d’extermination de Saul Friedländer (2007), une histoire du génocide et de ses victimes, renouvellement de la mémoire officielle, multiplication des lieux de mémoire et des œuvres de création, entrée du génocide des Tsiganes dans la mémoire collective. La mémoire devient alors un objet d’histoire : Déportation et génocide d’Annette Wieviorka (1992), Le Mythe du grand silence de François Azouvi (2012).
Mémoires et histoire d’un conflit : la guerre d’Algérie
Le document est un extrait du rapport Stora sur les mémoires de la guerre d’Algérie. Rédigé à la demande du président de la République (24 juillet 2020), il est officiellement remis à son destinataire le 20 janvier 2021. L’intitulé du sujet et la consigne portent explicitement sur l’histoire et la mémoire de la guerre d’Algérie et le second des deux termes est employé au pluriel. On peut montrer que le texte distingue deux mémoires nationales : guerre de libération et révolution algérienne, guerre sans nom et perte de l’Algérie française. Il faut ensuite examiner les passages qui signalent la coexistence de plusieurs mémoires au sein des deux sociétés : fragmentation des mémoires en France et affirmation des identités de groupes, mémoire officielle unanimiste en Algérie et occultation des mémoires dissidentes. On peut s’interroger pour terminer sur le rôle de l’historien dans la résolution des conflits de mémoire en exploitant le passage selon lequel l’histoire reste « un champ en désordre, en bataille quelquefois ». Benjamin Stora est un historien de l’Algérie coloniale, de la guerre d’Algérie et de sa mémoire. Son rapport s’inscrit dans le cadre d’une mission officielle destinée à favoriser la réconciliation des peuples français et algérien et recommande la création de commissions mixtes d’historiens.
Les menaces sur la préservation du patrimoine
Le premier document est un tableau de répartition à double entrée des biens inscrits par l’Unesco sur la liste du patrimoine mondial en péril, le second un bref extrait d’un article rédigé par un chercheur en géographie et géopolitique et paru dans une revue scientifique interdisciplinaire qui fait du tourisme un objet d’étude. Le tableau obéit à un classement régional propre à l’Unesco. Le texte relève de la géopolitique, étude des rapports de force entre acteurs s’exerçant sur un territoire quelle que soit l’échelle. Ne pas confondre géopolitique et relations internationales. L’intitulé du sujet et la consigne appellent une typologie des menaces contre le patrimoine. On peut montrer à partir du texte que les conflits armés constituent la première des menaces et observer dans le tableau que les régions les plus touchées sont des régions affectées par des conflits armés. On peut ensuite envisager la seconde hypothèse du texte, le conflit géopolitique local, la construction à l’échelle locale d’un ouvrage d’art susceptible de porter atteinte au patrimoine etc. On peut montrer pour terminer que ces deux hypothèses se suffisent pas à expliquer le tableau et que le tableau reste lui-même insuffisant puisque les biens menacés ne sont pas tous inscrits sur la liste du patrimoine en péril ; en témoigne le cas de Venise, menacée d’inscription mais jamais inscrite. Apporter d’autres explications : surexploitation touristique, changement climatique, etc.