Les déclarations de la guerre de Sept Ans

Combat naval dans la mer Méditerranée gagné par l’Armée navale de France aux ordres de M. le Marquis de La Galissonnière sur celle d’Angleterre commandée par l’amiral Byng le 20 mai 1756

Les déclarations de guerre de 1756 marquent le début de la guerre de Sept Ans, mais les hostilités commencent avant même que la guerre ne soit déclarée, en Amérique comme en Allemagne. Elles sont ouvertes en Amérique depuis 1754. Les Français sont établis en Nouvelle-France, entre les Rocheuses, le golfe du Saint-Laurent et celui du Mexique. Les Britanniques ont fondé des colonies entre les Appalaches et l’Atlantique, avant d’obtenir la baie d’Hudson, Terre-Neuve et la « Nouvelle-Écosse, autrement dite Acadie » au traité d’Utrecht (1713). La rivalité porte d’abord sur la vallée de l’Ohio, un affluent du Mississippi. Pour les Français, c’est une voie de passage entre le Canada et la Louisiane et un glacis défensif, le boulevard de la Nouvelle-France. Pour les Britanniques, c’est un débouché territorial, l’arrière-pays de leurs treize colonies. Afin de marquer leur souveraineté, les Français construisent le fort Duquesne, à la fourche de l’Ohio, en lieu et place d’un poste britannique, mais l’occupation du site reste disputée. Le 28 mai 1754, le capitaine français Coulon de Villiers de Jumonville est tué lors d’une rencontre avec un détachement de la milice de Virginie commandé par George Washington. L’année suivante, le général Braddock marche sur les forts de l’Ohio tandis que l’amiral Boscawen capture deux navires français au large de Terre-Neuve. « Pirates, assassins, usurpateurs, parjures… » écrit Antoine-Léonard Thomas, cinq ans plus tard, dans son Poème de Jumonville. Dans un mémoire du 21 décembre 1755, la France demande la « réparation éclatante de l’outrage fait au pavillon français », indiquant qu’elle regarderait tout refus « comme la déclaration de guerre la plus authentique », or le cabinet britannique répond par la négative le 13 janvier 1756. La question des îles neutres des Antilles envenime la querelle et le débarquement français de Minorque porte la guerre en Méditerranée. Le 17 mai 1756, Georges II dénonce les « procédés insoutenables » des Français et déclare la guerre à la France tout en l’accusant de l’avoir « si injustement commencée ». Dans sa déclaration du 9 juin, Louis XV attribue pareillement le commencement de la guerre à l’adversaire. En Allemagne, la guerre commence le 29 août 1756, du fait de la Prusse, sans déclaration de guerre. Parce qu’il redoute la réunion d’une coalition contre lui, le roi Frédéric II envahit l’électorat de Saxe, avant d’entrer dans le royaume de Bohême. La bataille de Lobositz, le 1er octobre, est la première bataille rangée de la guerre de Sept Ans sur le continent européen. C’est peut-être la source d’inspiration de Voltaire pour la bataille des Abares et des Bulgares au chapitre III de Candide. Le 17 janvier 1757, la Diète d’Empire siégeant à Ratisbonne adopte un conclusum invitant les cercles d’Empire à porter « sans délai leurs contingents au triple » et à les tenir « prêts à marcher avec tout ce qui est nécessaire au service » afin de porter secours à l’électeur-roi Auguste III et à l’impératrice-reine Marie-Thérèse.

Chronologie indicative

Mémoire français (21 décembre 1755)

Réponse britannique (3 janvier 1756)

Déclaration de guerre britannique (17 mai 1756)

Déclaration de guerre française (9 juin 1756)

Conclusum de la Diète d’Empire (17 janvier 1757)


Chronologie indicative

18 avril 1754. — Les Français interrompent la construction d’un fort britannique à la fourche de l’Ohio, confluent des rivières des rivières Allegheny et Malengueulée ; construction du fort Duquesne.

28 mai 1754. — « Affaire Jumonville » ; le capitaine français de Jumonville trouve la mort lors d’une rencontre avec un détachement britannique au sud de la fourche de l’Ohio.

3 juillet 1754. — Bataille de Fort Necessity, un fort construit par les Britanniques après l’affaire Jumonville ; les Français s’emparent du fort et le détruisent.

8 juin 1755. — « Attentat de Boscawen » ; capture par le vice-amiral britannique Boscawen de deux navires français, en temps de paix, dans le golfe du Saint-Laurent, l’Alcide et le Lys.

9 juillet 1755. — Bataille de la Belle-Rivière (Ohio) ou de la Monongahela (Malengueulée) ; défaite du général Braddock qui tentait de s’emparer du fort Duquesne.

28 juillet 1755. — Décision de déporter les Acadiens, par le lieutenant-gouverneur et le conseil du territoire britannique de la Nouvelle-Écosse ; Grand Dérangement.

12 septembre 1755. — Envoi de troupes françaises à Sainte-Lucie, depuis la Martinique ; occupation et fortification de l’« île neutre » par les Français.

21 décembre 1755. — Mémoire « pour demander réparation de l’outrage fait au pavillon français ».

13 janvier 1756. — Réponse du cabinet britannique au mémoire français.

16 janvier 1756. — Traité de Westminster entre la Grande-Bretagne et la Prusse ; sa conclusion précipite le renversement des alliances, la « révolution diplomatique » de 1756.

18 avril 1756. — Débarquement français de Minorque, une île occupée par les Britanniques en 1708, pendant la guerre de Succession d’Espagne, et conservée au traité d’Utrecht.

1er mai 1756. — « Premier traité de Versailles » : alliance franco-autrichienne.

17 mai 1756. — Déclaration de guerre de la Grande-Bretagne à la France.

20 mai 1756. — Bataille navale de Minorque, retraite britannique.

9 juin 1756. — Déclaration de guerre de la France à la Grande-Bretagne.

29 juin 1756. — Prise du fort Saint-Philippe de Port-Mahon (Minorque) par les Français.

29 août 1756. — Invasion de la Saxe par le roi de Prusse Frédéric II, sans déclaration de guerre.

9 septembre 1756. — Entrée des Prussiens à Dresde, capitale de l’électorat de Saxe.

1er octobre 1756. — Bataille de Lobositz (Bohême) ; victoire des Prussiens sur les Autrichiens.

31 décembre 1756. — Accession de la Russie au traité franco-autrichien du 1er mai 1756.

15 octobre 1756. — Capitulation de l’armée saxonne à Ebenheit, au pied du Lilienstein, près du camp retranché de Pirna ; départ de l’électeur de Saxe et roi de Pologne Auguste III pour Varsovie le 20.

17 janvier 1757. — Conclusum de la Diète d’Empire invitant les cercles d’Empire à porter « sans délai leurs contingents au triple » et à les tenir « prêts à marcher avec tout ce qui est nécessaire au service. »


Mémoire au cabinet britannique (21 décembre 1755)

De Versailles, le 22 janvier 1756.

Le sieur Rouillé, ministre et secrétaire d’État ayant le département des Affaires étrangères, écrivit le 21 du mois dernier au sieur Fox, secrétaire d’État du roi d’Angleterre, la lettre suivante.

Monsieur, c’est par ordre du roi mon maître que j’ai l’honneur d’envoyer à votre excellence le mémoire que je joins ici, etc.

Il n’a pas tenu au roi, que les différends concernant l’Amérique n’aient été terminés par les voies de conciliation, et Sa Majesté est en état de le démontrer à l’univers entier, par des preuves authentiques.

Le roi, toujours animé du désir le plus sincère de maintenir le repos public et la plus parfaite intelligence avec S. M. britannique, a suivi, avec la bonne foi et la confiance la plus entière, la négociation relative à cet objet.

Les assurances que le roi de la Grande-Bretagne et ses ministres renouvelaient sans cesse de vive voix et par écrit, étaient si formelles et si précises sur les dispositions pacifiques de Sa Majesté britannique, que le roi se serait reproché le moindre doute sur la droiture des intentions de la cour de Londres.

Il n’est guère possible de concevoir comment ces assurances pouvaient se concilier avec les ordres offensifs donnés en novembre 1754 au général Braddock, et au mois d’avril 1755 à l’amiral Boscawen.

L’attaque au mois de juillet dernier, et la prise de deux vaisseaux du roi en pleine mer et sans déclaration de guerre, étaient une insulte publique au pavillon de Sa Majesté ; et elle aurait témoigné sur-le-champ tout le juste ressentiment que lui inspirait une entreprise si irrégulière et si violente, si elle avait pu croire que l’amiral Boscawen n’eût agi que par les ordres de sa cour.

Le même motif avait d’abord suspendu le jugement du roi sur les pirateries que les vaisseaux de guerre anglais exercent depuis plusieurs mois contre la navigation et le commerce des sujets de Sa Majesté, au mépris du droit des gens, de la foi des traités, des usages établis parmi les nations policées, et des égards qu’elles se doivent réciproquement.

Le roi avait lieu d’attendre des sentiments de S. M. britannique, qu’à son retour à Londres, elle désavouerait la conduite de son amirauté et de ses officiers de mer, et qu’elle donnerait à S. M. une satisfaction proportionnée à l’injure et au dommage.

Mais le roi voyant que le roi d’Angleterre, bien loin de punir les brigandages de la marine anglaise, les encourage au contraire en demandant à ses sujets de nouveaux secours contre la France, Sa Majesté manquerait à ce qu’elle doit à sa propre gloire, à la dignité de sa couronne, et à la défense de ses peuples, si elle différait plus longtemps d’exiger du roi de la Grande-Bretagne une réparation éclatante de l’outrage fait au pavillon français, et des dommages causés aux sujets du roi.

Sa Majesté croit donc devoir s’adresser directement à sa majesté britannique, et lui demander la restitution prompte et entière de tous les vaisseaux français tant de guerre que marchands, qui, contre toutes les lois et contre toutes les bienséances, ont été pris par la marine anglaise, et de tous les officiers, soldats, matelots, artillerie, munitions, marchandises, et généralement de tout ce qui appartenait à ces vaisseaux.

Le roi aimera toujours mieux devoir à l’équité du roi d’Angleterre, qu’à tout autre moyen, la satisfaction que Sa Majesté a droit de réclamer ; et toutes les puissances verront sans doute, dans la démarche qu’elle s’est déterminée à faire, une nouvelle preuve bien sensible de cet amour constant pour la paix, qui dirige ses conseils et ses résolutions.

Si Sa Majesté britannique ordonne la restitution des vaisseaux dont il s’agit, le roi sera disposé à entrer en négociation sur les autres satisfactions qui lui sont légitimement dues, et continuera de se prêter, comme il a fait précédemment, à un accommodement équitable et solide sur les discussions qui concernent l’Amérique.

Mais si, contre toute espérance, le roi d’Angleterre se refuse à la réquisition que le roi lui fait, Sa Majesté regardera ce déni de justice, comme la déclaration de guerre la plus authentique, et comme un dessein formé par la cour de Londres de troubler le repos de l’Europe.

L’orthographe et la typographie sont modernisées.

La Gazette, 24 janvier 1756, no 4, pp. 14-15.

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Réponse britannique (13 janvier 1756)

Le sieur Fox a fait au sieur Rouillé la réponse qui suit, et qui est datée de Whitehall le 13 de ce mois.

Monsieur,

J’ai reçu le 3 de ce mois la lettre, dont Votre Excellence m’a honoré en date du 21 du mois passé, avec le Mémoire dont elle était accompagnée.

Je n’ai pas tardé à les mettre devant le Roi mon Maître, et c’est par ses ordres que j’ai l’honneur d’informer Votre Excellence, que Sa Majesté continue de souhaiter la conservation de la tranquillité publique ; mais quoique le Roi se prêtera volontiers à un accommodement équitable et solide, Sa Majesté ne saurait accorder la demande qu’on fait de la restitution prompte et entière de tous les vaisseaux français, et de tout ce qui y appartenait, comme une condition préliminaire à toute négociation ; le Roi n’ayant rien fait dans toutes ses démarches, que ce que les hostilités commencées par la France, en temps de pleine paix, (dont on a des preuves les plus authentiques), et ce que Sa Majesté doit à son honneur, à la défense des droits et possessions de sa couronne, et à la sûreté de ses royaumes, ont rendu juste et indispensable.

J’ai l’honneur d’être, etc.

L’orthographe et la typographie sont modernisées.

La Gazette, 24 janvier 1756, no 4, p. 15.

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Déclaration de guerre britannique (17 mai 1756)

Déclaration de guerre de Sa Majesté contre le roi de France

GEORGE ROI.

LES procédés insoutenables des Français dans les Indes occidentales et dans l’Amérique septentrionale, depuis la conclusion du traité d’Aix-la-Chapelle ; les attentats et les usurpations qu’ils ont commis sur nos territoires et sur les établissements de nos sujets dans ces pays-là, particulièrement dans notre province de la Nouvelle-Écosse, ont été si notoires et si fréquents, qu’ils ne pouvaient être considérés que comme un dessein et une résolution formés par la cour de France, de suivre invariablement les mesures qui pourraient être favorables à ses vues ambitieuses, sans aucun égard pour les traités et les engagement les plus solennels. Nous avons fait, en différents temps, sur ces actes de violence réitérés, les représentations les plus sérieuses au roi des Français, pour obtenir le redressement et la satisfaction des outrages faits à nos sujets, et pour prévenir de semblables sujets de plaintes dans la suite. Mais malgré les fortes assurances qui furent données, que toutes choses feraient réglées d’une manière conforme aux traités subsistants entre les deux couronnes, et que l’évacuation des 4 îles neutres dans les Indes occidentales serait en particulier effectuée ; ce qui avait été promis expressément à notre ambassadeur en France, l’exécution de ces assurances et des traités sur lesquels elles étaient fondées a été éludée sous les prétextes les plus frivoles. La conduite injustifiable des gouverneurs français et des officiers employés sous leurs ordres, fut portée si loin que ne gardant plus de mesures ils éclatèrent par des hostilités ouvertes au mois d’avril 1754, lorsque sans déclaration de guerre, sans aucun avis préalable, ni démarche antérieure, et dans le temps d’une profonde paix, un corps de troupes françaises, sous le commandement d’un officier muni de commission du roi des Français, attaqua hostilement le fort des Anglais sur l’Ohio ; dans l’Amérique septentrionale, et s’en mit en possession.

Nonobstant un tel acte d’hostilité qui ne pouvait être envisagé que comme un commencement de guerre, notre désir ardent pour la paix et l’espérance où nous étions, que la cour de France désavouerait une conduite si violente et si injuste, firent, que nous nous contentâmes d’envoyer en Amérique, un renfort tel que la défense immédiate et la protection de nos sujets le requéraient indispensablement contre des attaques et des insultes aussi publiques.

Dans le même temps, on prépara de grands armements navals dans les ports de France, où l’on embarqua un corps considérable de troupes pour l’Amérique septentrionale ; et quoique l’ambassadeur de France fut renvoyé en Angleterre, avec de spécieuses protestations du désir de la cour d’accommoder les différends, il parut, que le véritable dessein était uniquement de gagner du temps pour faire passer ce corps de Troupes en Amérique, où elle espérait de rendre les Français assez supérieurs en force pour les mettre en état d’exécuter leurs projets également ambitieux et injustes.

Dans ces circonstances, nous avons jugé, qu’il était de notre devoir de faire nos efforts pour prévenir le succès d’un dessein aussi dangereux, et nous opposer au débarquement des troupes françaises en Amérique. Les mesures justes et nécessaires que nous prîmes à ce sujet, furent cause que l’ambassadeur de France fût rappelé immédiatement de notre Cour ; que les fortifications de Dunkerque, réparées quelque temps auparavant, furent augmentées ; que de grands corps de troupes marchèrent vers les côtes, et que nos royaumes se virent menacés d’une invasion.

Pour prévenir l’exécution de ces projets, et pourvoir à la sûreté de nos royaumes, ainsi menacés, nous ne pûmes nous dispenser de donner ordre de saisir sur mer les vaisseaux du roi des Français, et de ses sujets. Toutefois pour montrer que nous ne voulions pas écarter tous moyens de ramener les choses à un accommodement, nous nous sommes contentés de retenir ces vaisseaux, et de conserver, autant qu’il était possible, leurs cargaisons en entier, sans procéder à leur confiscation ; Mais comme par l’invasion hostile du roi des Français dans notre île de Minorque, il est évident que la résolution déterminée de la même Cour est de ne point entendre à des conditions de paix, mais au contraire de pousser, avec la plus grande violence, la guerre, commencée depuis longtemps de son côté, nous ne saurions, sans manquer de satisfaire à ce que nous devons à notre propre honneur et au bien-être de nos sujets, demeurer plus longtemps dans les bornes où le désir de la paix nous a retenus jusqu’à présent.

C’est pourquoi, nous avons jugé convenable de déclarer, comme nous déclarons par les présentes, la guerre au roi des Français, qui l’a si injustement commencée. Nous nous reposons sur l’assistance du Dieu tout-puissant dans cette juste entreprise, et nous nous tenons assurés du concours prompt et effectif et de l’assistance de nos sujets pour le soutien d’une si bonne cause.

Requérons par les présentes, et enjoignons au capitaine général de nos armées, et aux commissaires préposés pour exercer la charge de grand-amiral de la Grande-Bretagne, aux gouverneurs de nos Provinces, à ceux de nos forts et places, à tous autres officiers et aux soldats sous leurs ordres, employés par mer, ou sur terre, qu’ils aient à commettre et à exercer tous actes d’hostilité dans la poursuite de cette guerre, contre le roi des Français, ses vassaux et sujets, et de s’opposer à leurs entreprises. Requérons et enjoignons à tous nos sujets de prendre connaissance de ceci ; leur défendant très expressément d’entretenir déformais aucune correspondance ou communication fait avec le Roi des Français, ou avec ses sujets : ordonnant en outre à nos sujets, et avertissant toutes autres personnes, de quelque nation qu’elles soient, de se garder de transporter ni soldats, ni armes, ni poudre, ni munitions, ni aucunes sortes de marchandises ou effets de contrebande dans aucuns des territoires, pays, ou colonies dudit roi des Français ; déclarant, que tous les vaisseaux et bâtiments qui feront pris, transportant des troupes, des armes, de la poudre, des munitions ou d’autres marchandises de contrebande, aux pays, territoires ou colonies du même roi, feront jugés de bonne prise et condamnés comme tels.

Et attendu, qu’il se trouve actuellement dans nos royaumes divers sujets du roi des Français, nous déclarons par les présentes, que c’est notre intention royale, que tous les sujets dudit roi, qui se comporteront envers nous conformément à leur devoir, jouiront d’une pleine et entière sûreté tant par rapport à leurs biens, que par rapport à leurs personnes.

Donné en notre cour à Kensington le dix-septième jour de mai de l’année 1756 et de notre règne la vingt-neuvième.

L’orthographe et la typographie sont modernisées.

Le Courrier, no XLVI, mardi 8 juin 1756, Avignon, pp. 185-186.

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His Majesty’s Declaration of War Against the French King, New-York, 1756.

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Déclaration de guerre française (9 juin 1756)

Ordonnance du roi portant déclaration de guerre contre le roi d’Angleterre

DE PAR LE ROI.

TOUTE l’Europe sait que le roi d’Angleterre a été, en 1754, l’agresseur des possessions du roi dans l’Amérique septentrionale, et qu’au mois de juin de l’année dernière la marine anglaise, au mépris du droit des gens et de la foi des traités, a commencé à exercer contre les vaisseaux de Sa Majesté, et contre la navigation et le commerce de ses sujets, les hostilités les plus violentes.

Le roi, justement offensé de cette infidélité, et de l’insulte faite à son pavillon, n’a suspendu pendant huit mois les effets de son ressentiment, et ce qu’il devait à la dignité de sa couronne que par la crainte d’exposer l’Europe aux malheurs d’une nouvelle guerre.

C’est dans une vue si salutaire que la France n’a d’abord opposé aux procédés injurieux de l’Angleterre que la conduite la plus modérée.

Tandis que la marine anglaise enlevait, par les violences les plus odieuses et, quelquefois, par les plus lâches artifices, les vaisseaux français qui naviguaient avec confiance sous la sauvegarde de la foi publique, Sa Majesté renvoyait en Angleterre une frégate dont la marine française s’était emparée, et les bâtiments anglais continuaient tranquillement leur commerce dans les ports de France.

Tandis qu’on traitait avec la plus grande dureté dans les îles Britanniques les soldats et les matelots français, et qu’on franchissait à leur égard les bornes que la loi naturelle et l’humanité a prescrite aux droits mêmes les plus rigoureux de la guerre, les Anglais voyageaient et habitaient librement en France, sous la protection des égards que les peuples civilisés se doivent réciproquement.

Tandis que les ministres anglais, sous l’apparence de la bonne foi, en imposaient à l’ambassadeur du roi, par de fausses protestations, on exécutait déjà, dans toutes les parties de l’Amérique septentrionale, des ordres directement contraires aux assurances trompeuses qu’ils donnaient d’une prochaine conciliation.

Tandis que la cour de Londres épuisait l’art de l’intrigue et les subsides de l’Angleterre pour soulever les autres puissances contre la cour de France, le roi ne lui demandait pas même les secours que des garanties ou des traités défensifs l’autorisaient à exiger, et ne leur conseillait que des mesures convenables à leur repos et à leur sûreté.

Telle a été la conduite des deux nations. Le contraste frappant de leurs procédés doit convaincre toute l’Europe des vues de jalousie, d’ambition et de cupidité qui animent l’une, et des principes d’honneur, de justice et de modération, suivant lesquels l’autre se conduit. Le roi avait espéré que le roi d’Angleterre, ne consultant enfin que les règles de l’équité et les intérêts de sa propre gloire, désavouerait les excès scandaleux auxquels ses officiers de mer ne cessaient de se porter.

Sa Majesté lui en avait même fourni un moyen, aussi juste que décent, en lui demandant la restitution prompte et entière des vaisseaux français pris par la marine anglaise et lui avait offert, à cette condition préliminaire, d’entrer en négociations sur les autres satisfactions qu’elle avait droit d’attendre, et de se prêter à une conciliation amiable sur les différends qui concernent l’Amérique.

Le roi d’Angleterre ayant résisté à cette proposition, Sa Majesté ne voit dans ce refus que la déclaration de guerre la plus authentique, ainsi que le roi l’avait annoncé dans sa réquisition.

La cour britannique pouvait donc se dispenser de remplir une formalité devenue inutile ; un motif plus essentiel aurait dû l’engager à ne pas soumettre au jugement de l’Europe les prétendus griefs que le roi d’Angleterre a allégués contre la France, dans la déclaration de guerre qu’il a fait publier à Londres.

Les imputations vagues que cet écrit renferme n’ont, en effet, aucune réalité dans le fond, et la manière dont elles sont exposées en prouverait seule la faiblesse, si leur fausseté n’avait déjà été démontrée dans le mémoire que le roi a fait remettre à toutes les cours, et qui contient le précis des faits avec les pièces justificatives qui ont rapport à la présente guerre et aux négociations qui l’ont précédée.

Il y a cependant un fait important dont il n’a pas été parlé dans ce mémoire, parce qu’il n’était pas possible de prévoir que l’Angleterre porterait aussi loin qu’elle vient de le faire son peu de délicatesse sur le choix des moyens de faire illusion.

Il s’agit des ouvrages construits à Dunkerque et des troupes que le roi a fait assembler sur les côtes de l’océan.

Qui ne croirait, à entendre le roi d’Angleterre, dans sa déclaration de guerre, que ces deux objets ont déterminé l’ordre qu’il a donné de saisir, en mer, des vaisseaux appartenant au roi et à ses sujets ?

Cependant personne n’ignore qu’on n’a commencé de travailler à Dunkerque qu’après la prise de deux vaisseaux de Sa Majesté, attaqués en pleine paix, par une escadre de treize vaisseaux anglais. Il est également connu de tout le monde que la marine anglaise s’emparait depuis plus de six mois des bâtiments français, lorsqu’à la fin de janvier dernier, les premiers bataillons que le roi a fait passer sur les côtes maritimes se sont mis en marche.

Si le roi d’Angleterre réfléchit jamais sur l’infidélité des rapports qui lui ont été faits à cet égard, pardonnera-t-il à ceux qui l’ont engagé à avancer des faits dont la supposition ne peut pas même être colorée par les apparences les moins spécieuses.

Ce que le roi se doit à lui-même, ce qu’il doit à ses sujets l’a enfin obligé de repousser la force par la force ; mais, constamment fidèle à ses sentiments naturels de justice et de modération, Sa Majesté n’a dirigé ses opérations militaires que contre le roi d’Angleterre, son agresseur ; et toutes ses négociations politiques n’ont eu pour objet que de justifier la confiance que les autres nations de l’Europe ont dans son amitié et dans la droiture de ses intentions.

Il serait inutile d’entrer dans un détail plus étendu des motifs qui ont forcé le roi à envoyer un corps de ses troupes dans l’île de Minorque, et qui obligent aujourd’hui Sa Majesté à déclarer la guerre au roi d’Angleterre comme elle la lui déclare par terre et par mer.

En agissant par des principes si dignes de déterminer ses résolutions, elle est assurée de trouver dans la justice de sa cause, dans la valeur de ses troupes, dans l’amour de ses sujets, les ressources qu’elle a toujours éprouvées de leur part, et elle compte principalement sur la protection du Dieu des armées.

ORDONNE et enjoint Sa Majesté, à tous ses sujets, vassaux et serviteurs, de courre sus aux sujets du roi d’Angleterre ; leur fait très expresses inhibitions et défenses d’avoir ci-après avec eux aucune communication, commerce ni intelligence, à peine de la vie : Et, en conséquence, Sa Majesté a, dès à présent, révoqué et révoque toutes permissions, passeports, sauvegardes et sauf-conduits contraires à la présente, qui pourraient avoir été accordés par elle ou par ses lieutenants et autres ses officiers, et les a déclarés nuls et de nul effet et valeur ; défendant à qui que ce soit, d’y avoir aucun égard. MANDE et ordonne Sa Majesté à Mons. le duc de Penthièvre amiral de France, aux maréchaux de France, gouverneurs et lieutenants généraux pour Sa Majesté en ses provinces et armées, maréchaux de camp, colonels, maîtres de camps, capitaines, chefs et conducteurs de ses gens de guerre, tant de cheval que de pied, français et étrangers, et tous autres ses officiers qu’il appartiendra que le contenu en la présente, ils fassent exécuter, chacun à son égard, dans l’étendue de leur pouvoirs et juridictions : CAR TELLE EST LA VOLONTÉ DE SA MAJESTÉ, Laquelle veut et entend que la présente soit publiée et affichée en toutes les villes, tant maritimes qu’autres, et en tous les ports, havres et autres lieux de son royaume et terres de son obéissance que besoin sera, à ce qu’aucun n’en prétende cause d’ignorance.

FAIT à Versailles le neuf juin mil sept cent cinquante-six.

Signé LOUIS.

Et plus bas, M. P. DE VOYER D’ARGENSON.

L’orthographe et la typographie sont modernisées.

Ordonnance du roi portant déclaration de guerre contre le roi d’Angleterre, Paris, Imprimerie royale. 1756.

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Conclusum de la Diète d’Empire (17 janvier 1757)

La guerre d’Allemagne s’ajoute à la guerre d’Amérique. L’impératrice-reine Marie-Thérèse s’oppose au roi de Prusse et électeur de Brandebourg Frédéric II parce qu’elle refuse la perte de la Silésie, un territoire cédé à la Prusse au terme de la la guerre de Succession d’Autriche. Frédéric II entend en revanche conserver la Silésie, mais redoute la formation d’une coalition anti-prussienne et se rapproche de la Grande-Bretagne dont le roi George II est également électeur de Hanovre. Pour la Grande-Bretagne, alliée traditionnelle de l’Autriche, l’alliance prussienne est une garantie pour la sécurité du Hanovre. Le roi de France Louis XV décide alors d’opter pour l’alliance autrichienne, contrairement à une tradition vieille de deux siècles. C’est la « révolution diplomatique ». Le 29 août 1756, Frédéric II envahit la Saxe, sans déclaration de guerre, avant d’entrer en Bohême, royaume de l’impératrice-reine. Le 17 janvier 1757, dans un conclusum adopté par 60 voix contre 26, la Diète d’Empire siégeant à Ratisbonne invite les cercles d’Empire à porter « sans délai leurs contingents au triple » et à les tenir « prêts à marcher » afin de porter secours à l’électeur-roi Auguste III et à l’impératrice-reine Marie-Thérèse.

De Ratisbonne, le 25 janvier 1757.

Le 17 de ce mois, la Diète générale de l’Empire donna le conclusum suivant.

« De la part des électeurs, princes et États de l’Empire, on déclare à M. le prince de la Tour-Taxis, principal commissaire de l’empereur, qu’on a dûment proposé aux trois collèges de l’Empire, et mis en délibération les décrets de Commission impériale, portés les 20 septembre et 18 octobre de l’année dernière à la dictature, au sujet de l’invasion hostile du roi de Prusse, électeur de Brandebourg, dans la Saxe et dans la Bohême ; ainsi que la lettre de S. M. l’impératrice-reine, du 21 octobre, et les mémoires présentés par les ministres de Saxe et de Brandebourg les 23 septembre et 20 décembre derniers :

« Qu’on a vu, par leur contenu, toutes les circonstances de l’irruption faite par les troupes prussiennes dans les États de l’impératrice-reine et du roi de Pologne, électeur de Saxe ; la manière dont l’électorat de Saxe et autres États ont été saisis et sont encore détenus, et enfin les mandements émanés du juge suprême de l’Empire contre ces entreprises :

« Qu’après une mûre délibération, telle que l’importance de l’affaire l’exigeait, il a été conclu et arrêté que S. M. impériale serait très respectueusement remerciée de ses soins paternels pour le rétablissement de la tranquillité publique :

« Qu’en même temps, elle serait très humblement requise de continuer d’agir, comme elle a commencé, suivant les lois et Constitutions de la patrie, (en particulier selon l’ordonnance d’exécution, la paix de Westphalie et la capitulation impériale,) afin que par les moyens déjà mis en œuvre et ceux qu’on emploiera, non seulement S. M. le roi de Pologne soit remis en possession de ses États avec le dédommagement le plus complet mais aussi, que S. M. l’impératrice, comme reine et électrice de Bohême, obtienne la satisfaction qui lui est due :

« Qu’en conséquence des excicatoires de S. M. imp. tous les co-États de l’Empire, qui ont à cœur le maintien de la Constitution fondamentale du Corps germanique, concourront de tout leur pouvoir aux moyens de parvenir au but proposé par Sadite Majesté :

« Que pour secourir tant les États opprimés que ceux qui pourraient dans la suite éprouver le même sort, tous les cercles porteront sans délai leurs contingents au triple, et les tiendront prêts à marcher avec tout ce qui est nécessaire au service.

« On se réserve une explication ultérieure sur les autres points des décrets de Commission. »

L’orthographe et la typographie sont modernisées.

La Gazette, 12 février 1757, no 7, p. 26.

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Gravure : Combat naval dans la mer Méditerranée gagné par l’Armée navale de France aux ordres de M. le Marquis de La Galissonnière sur celle d’Angleterre commandée par l’amiral Byng le 20 mai 1756 [en couleurs].

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