Les « quatorze points » du président Wilson (1913-1921) récapitulent les buts de guerre des États-Unis à la date du 8 janvier 1918, neuf mois après leur entrée en guerre contre l’Allemagne (6 avril 1917). Dans trois autres discours de l’année 1918, le président les reformule ou les complète, portant le nombre de ses points de paix à dix-huit, puis vingt-deux et vingt-sept. Dans le deuxième de ses quatre points du 11 février, il condamne expressément le système d’équilibre des puissances pratiqué en Europe depuis les traités de Wesphalie (1648). Dans son discours du 4 juillet, il résume l’ensemble en une seule phrase : « Ce que nous poursuivons, c’est le règne de la loi fondé sur le consentement des gouvernés et soutenu par l’union organisée de l’humanité. »
Les « quatorze points » du président Wilson : discours devant le Congrès du 8 janvier 1918
Les quatre points du 11 février 1918
1o Chaque partie du règlement final doit être essentiellement basée sur la justice dans chaque cas spécial, sous réserve des dispositions particulières les plus propres à garantir une paix permanente ;
2o Il faut que les peuples et les provinces cessent d’être troqués entre les Gouvernements comme de simples biens meubles, ou comme des pièces échangeables dans un jeu, dans le grand jeu aujourd’hui discrédité à jamais de l’équilibre des puissances ;
3o Il ne doit être fait, dans cette guerre, aucun règlement territorial qui ne réponde aux intérêts et avantages des populations intéressées et qui soit une simple clause d’arrangements ou de compromis entre les ambitions d’États rivaux ;
4o Chaque nationalité bien définie devra voir ses aspirations réalisées dans toute la mesure possible et de manière à écarter toutes causes nouvelles ou anciennes de discorde et d’antagonisme, d’où résulteraient à l’avenir de nouveaux dangers pour la paix de l’Europe et du monde.
« Discours au Congrès (11 février 1918) » in La guerre, la paix : recueil des déclarations du président des États-Unis d’Amérique sur la guerre et la paix, Paris, Berger-Levrault, 1918, pp. 85-94.
Les quatre points du 4 juillet 1918
À cette lutte, il ne peut y avoir qu’une issue. Le règlement doit être définitif. Il ne peut comporter aucun compromis. Aucune solution indécise ne serait supportable, ni concevable.
Voici quels sont les buts pour lesquels combattent les peuples associés du monde et qui doivent être acceptés de leurs ennemis avant que la paix puisse à nouveau régner :
1o La destruction de tout pouvoir arbitraire, en quelque lieu que ce soit, qui puisse, indépendamment, secrètement et de par sa seule volonté, troubler la paix du monde ; si ce pouvoir ne peut être détruit actuellement, le réduire au moins à une virtuelle impuissance ;
2o Le règlement de toute question concernant soit les territoires, soit la souveraineté nationale, soit les accords économiques ou les relations politiques, sur la base de la libre acceptation de ce règlement par le peuple immédiatement intéressé et non sur la base de l’intérêt matériel ou de l’avantage d’aucune autre nation ou d’aucun autre peuple qui pourrait désirer un règlement différent en vue de sa propre influence extérieure ou de son hégémonie ;
3o Le consentement de toutes les nations à se laisser guider dans leur conduite, à l’égard les unes des autres, par les mêmes principes d’honneur, les mêmes principes de respect pour la loi commune de la société civilisée, qui déjà régissent les individus, citoyens de tous les États modernes, dans leurs rapports réciproques ; de telle sorte que toutes les promesses et toutes les conventions soient religieusement observées, qu’aucun complot ni aucune conspiration particulière ne soit tramé, qu’aucun préjudice ne soit impunément causé dans un but égoïste, et qu’une confiance mutuelle, établie sur le noble fondement d’un respect mutuel du droit, soit instaurée ;
4o L’établissement d’une organisation de la paix telle qu’on ait la certitude que le pouvoir combiné des nations libres empêchera tout empiètement sur le droit, telle aussi qu’afin d’assurer davantage le respect de la paix et de la justice on puisse établir un véritable tribunal de l’opinion auquel tous devront se soumettre, et qui sanctionnera toute modification internationale sur laquelle les peuples directement intéressés ne pourraient se mettre d’accord amicalement.
Ces grands buts peuvent être résumes en une seule phrase. Ce que nous poursuivons, c’est le règne de la loi basé sur le consentement des gouvernés et soutenu par l’union organisée de l’humanité.
« Discours prononcé par le président Wilson à Mount-Vernon, sur la tombe de Washington, le 4 juillet 1918 » in Recueil de documents étrangers : supplément périodique aux bulletins de presse étrangère, no 19, Paris, ministères de la Guerre et des Affaires étrangères, 20 septembre 1918.
Les cinq points du 27 septembre 1918
À mon avis, la constitution de cette Ligue des Nations et la claire définition de ses objets doivent constituer une partie, la plus essentielle en un sens, du traité de paix lui-même. On ne peut la constituer actuellement. Si on la formait maintenant, ce serait simplement une nouvelle alliance limitée aux Nations alliées à présent contre un ennemi commun. On ne pourrait non plus, la constituer après la conclusion de la paix. Car elle est nécessaire pour garantir la paix et l’on ne saurait songer comme après coup à garantir la paix.
La raison — à parler une fois encore franchement — pour laquelle il faut que la paix soit garantie, c’est qu’il y aura des parties contractantes dont les promesses se sont montrées trompeuses ; et il faut absolument trouver le moyen, dans le règlement même des conditions de paix, de supprimer cette source d’insécurité. Ce serait folie de laisser la garantie de la paix au bon gré ultérieur de ces gouvernements que nous avons vus détruire la Russie et tromper Roumanie.
Mais ces termes généraux ne traduisent pas le tout de l’affaire, il faut y adjoindre quelques détails pour qu’ils aient moins l’air d’une thèse, pour qu’ils ressemblent davantage à un problème pratique. Voici donc quelques-uns de ces détails, et je les formule avec d’autant plus de confiance que je puis déclarer officiellement qu’ils représentent la manière dont le gouvernement américain comprend son devoir au sujet de la paix.
1o Il faut que l’impartiale justice qui sera rendue ne comporte aucune distinction entre ceux envers qui nous avons envie d’être justes, et ceux envers qui nous n’avons pas envie d’être justes. Il faut que le soit une justice qui ne joue pas avec le favoritisme, qui ne connaisse d’autre mesure que les droits égaux des divers peuples intéressés.
2o Aucun intérêt individuel ou spécial d’aucune nation particulière ou d’aucun groupe de nations, ne peut être la base d’aucune partie de l’arrangement final, qui ne soit conciliable avec les intérêts communs de tous.
3o Il ne peut y avoir de ligues, d’alliances, d’ententes et d’accords particuliers à l’intérieur de la grande famille commune de la Ligue des Nations.
4o Et plus spécifiquement, il ne peut y avoir de combinaisons économiques particulières et égoïstes à l’intérieur de la Ligue ; et on ne pourra employer aucune forme de boycottage ou d’exclusion économique — si ce n’est à titre de pénalité économique, par l’exclusion des marchés du monde, que la Ligue des Nations elle-même aurait le droit d’infliger comme moyen disciplinaire ou coercitif.
5o Tous les accords et traités internationaux de quelque sorte qu’ils soient devront être portés intégralement à la connaissance du reste du monde.
Les alliances particulières, les rivalités et les hostilités économiques ont été dans notre monde moderne la source abondante de ces intrigues et de ces ressentiments qui produisent la guerre. La paix ne serait ni sincère ni sûre qui ne les répudierait point en termes nets, par des engagements formels.
« Discours prononcé par le président Wilson au Metropolitan Opera de New-York le 27 septembre 1918 » in Recueil de documents étrangers : supplément périodique aux bulletins de presse étrangère, no 22, Paris, ministères de la Guerre et des Affaires étrangères, 11 novembre 1918.