Le 11 septembre 2001, une série d’attaques terroristes frappent New York et Washington ; quatre avions civils sont détournés : les deux premiers détruisent les deux tours du World Trade Center (construites en 1972) à New York, le troisième percute le Pentagone à Washington, le quatrième s’écrase près de Pittsburgh en Pennsylvanie. Dans son édition du lendemain, datée du 13, le journal Le Monde publie, en première page, un éditorial de Jean-Marie Colombani intitulé : « Nous sommes tous Américains. »

Dans ce moment tragique où les mots paraissent si pauvres pour dire le choc que l’on ressent, la première chose qui vient à l’esprit est celle- ci : nous sommes tous Américains ! Nous sommes tous New-Yorkais, aussi sûrement que John Kennedy se déclarait, en 1962 à Berlin, Berlinois. Comment ne pas se sentir en effet, comme dans les moments les plus graves de notre histoire, profondément solidaires de ce peuple et de ce pays, les Etats-Unis, dont nous sommes si proches et à qui nous devons la liberté, et donc notre solidarité.
L’éditorial dans son entier sur le site du Monde :
Jean-Marie Colombani, « Nous sommes tous américains », Le Monde, 13 septembre 2001
Pour mémoire, les deux derniers paragraphes de l’éditorial :
Au-delà de leur apparente folie meurtrière, ces derniers obéissent malgré tout à une logique. Il s’agit évidemment d’une logique barbare, d’un nouveau nihilisme qui répugne à une grande majorité de ceux qui croient en l’islam, dont la religion n’autorise pas plus le suicide que le christianisme ; à plus forte raison le suicide couplé au massacre des innocents. Mais il s’agit d’une logique politique qui par la montée aux extrêmes veut obliger les opinions musulmanes à « choisir leur camp », contre ceux qui sont couramment désignés comme « le grand Satan ». Ce faisant, leur objectif pourrait bien être d’étendre et de développer une crise sans précédent dans l’ensemble du monde arabe.
À long terme, cette attitude est évidemment suicidaire. Parce qu’elle attire la foudre. Et qu’elle peut l’attirer sans discernement. Cette situation commande à nos dirigeants de se hisser à la hauteur des circonstances. Pour éviter aux peuples que ces fauteurs de guerre convoitent et sur lesquels ils comptent d’entrer à leur tour dans cette logique suicidaire. Car on peut le dire avec effroi : la technologie moderne leur permet d’aller encore plus loin. La folie, même au prétexte du désespoir, n’est jamais une force qui peut régénérer le monde. Voilà pourquoi, aujourd’hui, nous sommes américains.
Les unes d’un grand nombre de journaux du monde entier sur le site du Newseum de Washington :