Le Proche et le Moyen-Orient, un foyer de conflits depuis la fin de la Première Guerre mondiale

I. L’ACCUMULATION DES TENSIONS (1917-1947)
A. La domination étrangère
1. La défaite ottomane
2. L’établissement des mandats français et britannique
3. La prospection et l’exploitation des ressources pétrolières
B. Le morcellement politique
1. La naissance de la Turquie moderne
2. L’indépendance des États arabes
3. La partage de la Palestine mandataire
C. Une situation conflictuelle
1. La question palestinienne
2. Les tensions internationales
3. Le partage des ressources pétrolières

II. LA MULTIPLICATION DES CONFLITS (1947-1979)
A. L’entrée en guerre froide
1. Les crises iranienne et turque
2. La première guerre israélo-arabe
3. La confrontation américano-soviétique
B. La permanence du conflit israélo-arabe
1. La guerre des Six Jours (1967)
2. La guerre d’Octobre (1973)
3. L’affirmation du mouvement palestinien
C. Un équilibre instable
1. Le partage de l’eau
2. L’arme du pétrole
3. L’échec du panarabisme

III. LA DÉSTABILISATION DE L’ORDRE RÉGIONAL (depuis 1979)
A. Une série de bouleversements (1979-1987)
1. La rupture de l’unité arabe
2. La montée de l’islamisme
B. La fin de la Guerre froide : une période propice à la recherche de solutions négociées (1988-1995)
1. Le règlement de plusieurs conflits
2. L’invasion du Koweït et la guerre du Golfe
3. Le processus de paix israélo-palestinien
C. Un nouveau cycle de violences (depuis 1995)
1. L’échec du processus de paix israélo-palestinien
2. La « guerre globale contre le terrorisme »
3. Le risque d’éclatement des États irakien et syrien

LANGLOIS | CC BY-NC-ND 4.0


Les deux expressions de « Proche » et de « Moyen-Orient » naissent en « Occident » et témoignent de l’intérêt porté à la région par les puissances occidentales. La première apparaît dans les années 1890 pour désigner l’Orient proche, par opposition à l’Extrême-Orient (Asie orientale) : elle désigne la partie orientale du bassin méditerranéen, théâtre de la « question d’Orient ». La seconde (en anglais, Middle East) est employée en 1902, par l’amiral et stratège états-unien Alfred Mahan, pour désigner des régions comprises entre l’Orient proche et l’Orient extrême (péninsule arabique, golfe Persique, Iran). Elle prend une signification plus large au cours du XXe siècle et désigne désormais l’ensemble des régions comprises entre le Nil et l’Indus, la mer Noire et la mer Arabique (mer d’Oman). Le Moyen-Orient finit par absorber le Proche-Orient[1].

I. L’accumulation des tensions (1917-1947)

A. La domination étrangère

La défaite de l’Empire ottoman dans la Première Guerre mondiale (1914-1918) permet au Royaume-Uni de renforcer sa présence au Proche et au Moyen-Orient, mais il doit composer avec la France. Les deux puissances étendent leur domination sur la région, établissent les frontières des territoires qu’elles acquièrent et se réservent l’exploitation des ressources pétrolières.

1. La défaite ottomane

Entré en guerre contre la Russie à l’automne 1914 (bombardement d’Odessa, 29 octobre 1914), l’Empire ottoman est menacé au sud par deux offensives britanniques[2] et par une révolte arabe[3] conduite par Fayçal, fils du chérif de la Mecque[4]. Il perd en définitive le contrôle de ses provinces arabes : les Britanniques et les Arabes entrent à Damas le 1er octobre 1918.

Chef de la révolte arabe, Hussein, chérif de la Mecque, se proclame roi des Arabes (29 octobre 1916), mais les Britanniques se bornent à le reconnaître comme roi du Hedjaz (29 décembre 1916). Maître d’une partie de la péninsule arabique depuis l’avant-guerre, l’émir Ibn Séoud s’affranchit de la suzeraineté ottomane[5] à la faveur de la guerre et entend reconstituer un État saoudien[6]. Il reçoit des Britanniques un soutien matériel et obtient la reconnaissance de son autorité sur le Nejd et le Hasa (26 décembre 1915).

L’Empire ottoman demande l’armistice le 14 octobre 1918 et se soumet aux conditions fixées par les Britanniques (convention de Moudros, 30 octobre 1918) : démobilisation, confiscation de la flotte de guerre, ouverture des Détroits. Les troupes alliées entrent à Istanbul, la capitale ottomane, le 13 novembre. L’Anatolie elle-même est occupée au cours des semaines suivantes.

2. L’établissement des mandats français et britannique

Le Royaume-Uni mène pendant la guerre une politique ambiguë. Il encourage la révolte des Arabes contre la domination ottomane, promet la création d’un grand royaume arabe au chérif de La Mecque et entretient des relations étroites avec Ibn Séoud, mais il envisage aussi le partage de la région dans un accord secret conclu avec la France (accords Sykes-Picot, 16 mai 1916). Il donne en outre satisfaction au mouvement sioniste[7] en se déclarant favorable à la création d’un « foyer national » juif en Palestine (déclaration Balfour, 2 novembre 1917).

Au lendemain de la Guerre, après la défaite de l’Empire ottoman, le Royaume-Uni et la France délimitent leurs zones d’influence respectives sans se préoccuper du vœu des populations (conférence de San Remo, 19-26 avril 1920). Le traité de Sèvres (10 août 1920) attribue au Royaume-Uni un mandat sur la Palestine et l’Irak, à la France un mandat sur la Syrie et le Liban. Défini dans le pacte de la Société des nations (28 juin 1919), le système du mandat constitue un compromis entre les principes wilsoniens et l’impérialisme des puissances européennes : la puissance mandataire exerce une tutelle provisoire destinée à préparer l’indépendance du territoire.

Les deux puissances établissent leurs mandats respectifs au début des années 1920. En Syrie, la France se heurte au nationalisme arabe, impose sa domination par des moyens militaires (bataille de Maysaloun, 24 juillet 1920) et réduit une insurrection générale au milieu des années 1920 (1925-1927). Elle délimite un Grand Liban qui réunit le mont Liban à majorité chrétienne et druze et des régions à majorité musulmane (littoral, plaine intérieure de la Bekaa). En Irak, les Britanniques répriment une insurrection chiite avant d’attribuer le trône à Fayçal, troisième fils du chérif de La Mecque (23 août 1921). Ils constituent un émirat de Transjordanie sous l’autorité de l’aîné, Abdallah (1er avril 1921). Ils délimitent les frontières de la Palestine mandataire et ouvrent le territoire à l’immigration juive.

3. La prospection et l’exploitation des ressources pétrolières

La découverte de premiers gisements de pétrole au Proche et au Moyen-Orient est antérieure à la Première Guerre mondiale (Masjed Soleyman, en Iran, 26 mai 1908) et la prospection, comme l’exploitation, sont conduites par des compagnies occidentales dominées par des intérêts britanniques : l’Anglo-Persian Oil Company[8] (APOC, 1909) en Iran, la Turkish Petroleum Company[9] (TPC, 1912) en Mésopotamie. La guerre, qui témoigne de la place acquise par le moteur à combustion interne dans les transports maritimes et terrestres, conduit les grandes puissances et leurs compagnies pétrolières à se disputer les ressources du Proche et du Moyen-Orient.

Au lendemain de la guerre, la France renonce au district pétrolier de Mossoul que lui attribuaient les accords Sykes-Picot (4 décembre 1918), mais obtient en contrepartie une participation de 25 p. 100 dans la Turkish Petroleum Company et constitue, pour la recueillir, une société mixte, la Compagnie française des pétroles (1924). En 1925, le gouvernement irakien accorde à la TPC une concession de soixante-quinze sur la majeure partie de son territoire (14 mars 1925).

Les États-Unis défendent le principe de la « porte ouverte » avant de formuler des revendications plus précises. Après la découverte du gisement géant de Baba Gurgur, près de Kirkouk, dans le Kurdistan irakien (15 octobre 1927), cinq compagnies états-uniennes sont admises au sein de la Turkish Petroleum Company[10]. Par l’« accord de la ligne rouge » (Ostende, 31 juillet 1928), les membres de la TPC s’engagent à exploiter en commun tout gisement découvert au sein d’une vaste région délimitée par la mer Noire, la mer d’Oman, la mer Rouge et le golfe Persique[11].

La même année 1928, l’accord d’Achnacarry (Écosse, 17 septembre 1928), conclu par trois grandes compagnies pétrolières[12] et approuvé par les autres, vise à organiser le marché mondial du pétrole et donne naissance au « cartel des sept sœurs » (sette sorelle). Dans l’entre-deux-guerres, des compagnies états-uniennes non signataires de l’« accord de la ligne rouge » découvrent de nouveaux gisements dans la péninsule arabique et obtiennent des concessions, à Bahreïn ou en Arabie saoudite.

B. Le morcellement politique

La carte politique de la région se dessine dans l’immédiat après-guerre et les États se constituent dans des frontières héritées du règlement de la Première Guerre mondiale : naissance de la Turquie moderne, naissance des États arabes, création de l’État d’Israël.

1. La naissance de la Turquie moderne

La Turquie moderne naît du refus du traité de Sèvres imposé à l’Empire ottoman (10 août 1920) : démilitarisation et neutralisation des Détroits[13], cession à la Grèce de la Thrace orientale et de la région de Smyrne, création hypothétique d’une grande Arménie et d’un Kurdistan autonome, attribution de sphères d’influence à l’Italie, à la France et au Royaume-Uni en Anatolie, perte des provinces arabes.

Un officier ottoman, Mustapha Kemal, se soulève contre le gouvernement du sultan, entreprend la reconquête de l’Anatolie et obtient la révision du traité de Sèvres (traité de Lausanne, 24 juillet 1923). La Turquie retrouve la Thrace orientale et l’Anatolie dans son entier, mais les Détroits restent démilitarisés.

Mustapha Kemal abolit le sultanat (1er novembre 1922) et fait de la Turquie une république dont il devient le premier président (29 octobre 1923). Séparé du sultanat, le califat[14] est aboli l’année suivante (3 mars 1924). Résolu à fonder un État-nation turc, Mustapha Kemal nie le particularisme kurde et réprime ses manifestations. Il reçoit le nom d’Atatürk en 1934.

2. L’indépendance des États arabes

L’émir Ibn Séoud poursuit ses conquêtes au lendemain de la guerre, prend le titre de sultan en 1921 et s’empare de La Mecque (1924) et Médine (1925). Par le traité de Djeddah avec le Royaume-Uni (20 mai 1927), il renonce à toute revendication sur les protectorats britanniques du Golfe, mais obtient la reconnaissance de sa complète indépendance. En 1932, il fonde le royaume d’Arabie saoudite.

Le Royaume-Uni reconnaît à l’Égypte une indépendance nominale (28 février 1922) puis la pleine indépendance (26 août 1936), mais maintient des troupes dans la zone du canal. Il reconnaît l’indépendance de l’Irak (30 juin 1930[15]), mais se réserve l’exploitation du pétrole. L’indépendance de la Transjordanie est postérieure à la Seconde Guerre mondiale (25 mai 1946). Les Britanniques conservent en revanche la colonie d’Aden et les protectorats qu’ils exercent sur le sud du Yémen, le sultanat d’Oman et les émirats du Golfe (États de la Trêve[16], Koweït, Bahreïn, Qatar). L’imam zaydite Yahya proclame l’indépendance du Yémen en 1918, mais son autorité se cantonne au Yémen du Nord (Saada et Sanaa).

L’indépendance du Liban et de la Syrie est reconnue par la France libre pendant la Seconde Guerre mondiale (8 juin 1941), après l’élimination des forces de Vichy, mais elle n’est pleinement acquise qu’en 1946, après le départ des troupes françaises. L’État libanais repose sur un « pacte national » adopté en 1943 qui s’efforce de partager les pouvoirs entre les différentes confessions religieuses : le président de la République est chrétien, le chef du gouvernement musulman sunnite et le président de l’Assemblée musulman chiite.

3. La partage de la Palestine mandataire

Mandat britannique depuis la fin de la Première Guerre mondiale, la Palestine abrite une population en majorité arabe (musulmane ou chrétienne), mais la population juive augmente par immigration, sous l’influence du mouvement sioniste, depuis la fin du XIXe siècle : 4 p. 100 de la population en 1882, le tiers en 1945. Des conflits opposent les deux populations depuis les débuts de l’immigration juive, à la fin du XIXe siècle : à la fin des années 1930, une révolte arabe s’oppose à la fois à la tutelle britannique et à l’immigration juive.

En 1947, le gouvernement britannique soumet la question à l’Assemblée générale des Nations unies, laquelle adopte un plan de partage de la Palestine en deux États (29 novembre 1947) : l’État juif obtient 55 p. 100 du territoire palestinien. Jérusalem, ville sacrée et enjeu de mémoire pour les trois monothéismes, devient un corpus separatum, un territoire enclavé dans l’État arabe, mais n’appartenant à aucun des deux États et soumis à une administration internationale. Bethléem, lieu de naissance du Christ, selon la tradition chrétienne, appartient au même territoire.

C. Une situation conflictuelle

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la région abrite des aspirations ou des intérêts contradictoires propres à nourrir des conflits : la question palestinienne, des rivalités internationales, le partage des ressources pétrolières.

1. La question palestinienne

L’adoption du plan de partage précipite la Palestine dans la violence. Majoritaire, la population arabe considère le partage du territoire comme une négation de son droit à l’autodétermination. Favorable au plan, le mouvement sioniste ne se satisfait pas d’un État dont la population, comme la propriété des terres, resterait en grande partie arabe. Les Britanniques renoncent à maintenir l’ordre et des affrontements opposent les deux populations.

Réunis au sein d’une Ligue arabe[17] (Le Caire, 22 mars 1945), les États arabes apportent leur soutien à la cause palestinienne et s’efforcent de coordonner leur action en dépit d’une méfiance réciproque. Le 29 novembre 1947, les six membres arabes de l’ONU rejettent le plan de partage (Arabie saoudite, Égypte, Irak, Liban, Syrie, Yémen). L’Afghanistan, l’Iran et la Turquie adoptent la même position. Les intentions du roi Abdallah de Transjordanie restent incertaines : on le soupçonne de vouloir annexer les territoires réservés à l’État arabe par le plan de partage.

2. Les tensions internationales

Le Royaume-Uni consent à l’émancipation des États arabes du Proche-Orient, mais leur impose des traités qui garantissent ses intérêts stratégiques : accès aux ressources et contrôle des voies maritimes. Il conserve en revanche ses protectorats dans la péninsule arabique. Affaiblie par la défaite de 1940, la France retrouve ses deux mandats du Levant, mais doit composer avec le gouvernement britannique, lequel contribue à son départ dans l’immédiat après-guerre (Syrie, 7 avril 1946, Liban, 31 décembre 1946).

Les États-Unis soutiennent le Royaume-Uni, mais ils condamnent l’impérialisme des puissances européennes et confèrent à la charte de l’Atlantique (14 août 1941) une valeur universelle. Au cours de la guerre, ils se rapprochent de l’Arabie saoudite pour des raisons stratégiques. Présente à la victoire, l’Union soviétique entend acquérir des « gages de sécurité » sans renoncer à exploiter les « contradictions inter-impérialistes ». Riveraine de la mer noire et limitrophe de la Turquie et de l’Iran, elle aspire, comme l’ancienne Russie, à se rapprocher des mers chaudes.

La création de la Ligue arabe témoigne de l’unité des Arabes, mais elle rassemble des États indépendants qui prétendent séparément à la direction du monde arabe : les deux monarchies hachémites[18] d’Irak et de Transjordanie, l’Égypte du roi Farouk et l’Arabie saoudite, rivale des Hachémites. Affectés par des transformations sociales depuis l’entre-deux-guerres, les mêmes États connaissent des conflits politiques que les questions extérieures contribuent à exacerber. La disparition du califat (3 mars 1924) prive en outre le monde musulman d’une direction commune[19].

3. Le partage des ressources pétrolières

Confrontés au risque d’épuisement de leurs propres réserves pétrolières, les États-Unis voient désormais dans la région un moyen de garantir leur approvisionnement. En 1933, la Standard Oil of California (Socal) obtient de l’Arabie saoudite une concession exclusive (29 mai 1933) dont elle confie l’exploitation à une filiale « arabe » créée pour l’occasion, la California-Arabian Standard Oil Company (Casoc). Associée à Texaco depuis 1936, la compagnie prend le nom d’Arabian American Oil Company[20] (Aramco) en 1944.

À la mi-février 1945, de retour de Yalta, Roosevelt rencontre le roi Ibn Séoud (1932-1953). L’entrevue du Quincy[21] témoigne des bonnes relations entre les États-Unis et l’Arabie saoudite, mais sans donner lieu à un quelconque pacte « pétrole contre sécurité » (pacte du Quincy) : la question pétrolière est réglée depuis les années 1930 et la relation stratégique date des années de guerre[22]. La conversation porte avant tout sur la Palestine[23].

Présents en Arabie saoudite depuis les années 1930, les États-Unis s’appuient, dans l’immédiat après-guerre, sur le principe de la « porte ouverte » pour contester l’« accord de ligne rouge », jugé caduc. En Iran, l’Union soviétique entend constituer une société mixte qui garantirait ses propres intérêts.

Les routes maritimes qui traversent la région sont désormais vitales pour les économies industrielles et les grandes puissances veillent à la sécurité des seuils qui les jalonnent : le détroit d’Ormuz, qui relie le golfe Persique et la mer d’Oman, le détroit de Bab-el-Mandeb, entre le golfe d’Aden et la mer Rouge, le détroit de Tiran, qui donne accès au golfe d’Aqaba, le canal de Suez, exploité par une société dominée par des intérêts français et britanniques, la Compagnie universelle du canal maritime de Suez.

II. La multiplication des conflits (1947-1979)

A. L’entrée en guerre froide

Soumise à l’influence britannique au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la région entre progressivement dans la Guerre froide : le conflit touche d’abord deux pays limitrophes de l’Union soviétique et qui n’appartiennent pas au monde arabe, avant de gagner l’ensemble de la région et d’interférer avec le conflit israélo-arabe.

1. Les crises iranienne et turque

Riveraine de la mer Noire, la Turquie contrôle les détroits qui commandent l’accès à la Méditerranée. Staline dénonce le traité d’amitié qui liait les deux pays depuis les années 1920, revendique les provinces turques d’Ardahan et de Kars, exige une révision de la convention internationale qui règle la circulation maritime dans les Détroits (convention de Montreux, 20 juillet 1936) et réclame des bases militaires dans les Dardanelles.

Occupé pendant la guerre par des troupes britanniques et soviétiques (25 août 1941), l’Iran est évacué comme convenu par les premières à la fin du conflit. Staline entend en revanche s’établir durablement dans le pays, exige la formation d’une société pétrolière mixte irano-soviétique, favorise, dans le nord du pays, les mouvements séparatistes azéri et kurde et soutient le parti d’opposition Toudeh (communiste).

Les crises iranienne et turque contribuent au durcissement de la politique occidentale et l’Union soviétique renonce à ses revendications. Dans son discours de Fulton (5 mars 1946), Churchill dénonce la fermeture du « rideau de fer » est-européen avant de rappeler que des menaces pèsent sur la Turquie et l’Iran. L’année suivante, le président Truman formule la doctrine qui porte son nom dans un discours destiné à obtenir du Congrès une aide états-unienne à la Turquie, comme à la Grèce (12 mars 1947).

2. La première guerre israélo-arabe

La création d’Israël fait en revanche l’objet d’un accord américano-soviétique dans l’immédiat après-guerre. En dépit d’une opposition de principe au sionisme, comme à tout « nationalisme petit-bourgeois », l’Union soviétique vote en faveur du plan de partage et reconnaît l’État d’Israël après sa proclamation (14 mai 1948) ; c’est un moyen pour elle d’affaiblir l’impérialisme britannique. À l’approche de l’élection présidentielle de 1948, le président Truman opte pour le partage en dépit des réserves de la diplomatie états-unienne.

L’application du plan précipite néanmoins la Palestine dans la guerre. Le 4 avril 1948, les forces sionistes lancent une offensive destinée à éliminer toute présence hostile dans la partie juive ou dans des zones jugées nécessaires à la sécurité du futur État et provoque un premier exode de la population arabe. Une première guerre israélo-arabe (1948-1949) éclate dès la proclamation du nouvel État (14 mai 1948) : les armées arabes (Égypte, Irak, Liban, Syrie, Transjordanie) pénètrent en Palestine avant d’être repoussées. L’Union soviétique soutient Israël et lui fait livrer des armes par l’intermédiaire de la Tchécoslovaquie. Un ultime cessez-le-feu intervient le 11 mars 1949.

Les armistices de Rhodes (1949) mettent fin à la guerre. Conclus par Israël avec chacun des belligérants arabes, sauf l’Irak, ils modifient de fait le plan de partage initial : Israël s’étend, occupe l’ouest de Jérusalem, la Galilée dans son entier et une partie de la zone frontalière avec l’Égypte. À Gaza, l’Égypte établit un gouvernement de toute la Palestine avec le soutien de la Ligue arabe. La Transjordanie annexe l’est de Jérusalem et la Cisjordanie (24 avril 1950) et prend le nom de Jordanie. La création de l’État d’Israël entraîne le déplacement forcé de plusieurs centaines de milliers réfugiés arabes palestiniens (entre 600 000 et 760 000[24]).

3. La confrontation américano-soviétique

L’Union soviétique s’éloigne d’Israël et se rapproche des pays arabes au tournant des années 1950. Elle déplore l’alignement du gouvernement israélien sur les positions occidentales lors de la guerre de Corée et voit désormais dans le nationalisme arabe un moyen plus assuré de défendre ses intérêts dans la région. Après la mort de Staline (5 mars 1953), Khrouchtchev s’affranchit de la doctrine Jdanov afin de nouer des relations avec les pays du Tiers Monde, même non communistes, voire anti-communistes, pourvu qu’ils soient hostiles à l’impérialisme occidental.

La révolution égyptienne de 1952 contribue au rapprochement arabo-soviétique. Nommé président du Conseil de commandement de la Révolution (14 novembre 1954), Gamal Abdel Nasser entend rejeter l’impérialisme occidental, pratiquer le « neutralisme » et œuvrer à l’unité arabe. En 1955, il refuse de rejoindre le pacte de Bagdad[25] et participe à la conférence afro-asiatique de Bandung (18-24 avril 1955). Il apparaît désormais, avec le Premier ministre indien Nehru, comme l’un des représentants du Tiers Monde.

La crise de Suez (1956) oppose le Royaume-Uni et la France à l’Égypte. Le 26 juillet 1956, Nasser annonce la nationalisation de la compagnie du canal de Suez, mais se heurte à l’opposition du Royaume-Uni et de la France. Les deux pays interviennent militairement, bombardent les aérodromes (31 octobre 1956) et débarquent à Port-Saïd (5 novembre 1956). Israël agit en accord avec le Royaume-Uni et la France, occupe la bande de Gaza et le Sinaï et atteint le canal de Suez.

Les trois pays sont contraints de se retirer en raison de la désapprobation des États-Unis et d’un ultimatum de l’Union soviétique, laquelle menace le Royaume-Uni et la France d’une attaque nucléaire. La ligne de cessez-le-feu de 1949 est rétablie : la guerre n’a rien réglé, ni la question des réfugiés, ni celle des frontières. Le conflit s’inscrit désormais dans l’affrontement Est-Ouest : l’Union soviétique apporte son soutien à l’Égypte et à la Syrie ; les États-Unis se rapprochent d’Israël et étendent leur politique d’endiguement à l’Orient arabe (doctrine Eisenhower, 5 janvier 1957). Ils s’engagent à soutenir militairement tout pays arabe qui serait victime d’une agression de la part de l’Union soviétique.

B. La permanence du conflit israélo-arabe

Les guerres israélo-arabes de 1967 et 1973 opposent à nouveau Israël et les États arabes du Proche-Orient : elles trouvent leur origine dans une question nationale, le partage de la Palestine, et non pas dans la Guerre froide, mais elles entretiennent néanmoins des rapports avec le conflit Est-Ouest au moment où celui-ci connaît une détente. À partir des années 1960, l’Organisation de libération de la Palestine entend représenter les intérêts propres du peuple palestinien.

1. La guerre des Six Jours (1967)

La guerre des Six Jours (1967) est la troisième guerre israélo-arabe : Israël attaque l’Égypte, la Syrie et la Jordanie (5 juin 1967) à la suite de la fermeture du détroit de Tiran par Nasser et s’empare en six jours du Sinaï égyptien, du Golan syrien, de la bande de Gaza, de Jérusalem-Est et de la Cisjordanie. La guerre des Six Jours est aussi une crise Est-Ouest : l’Union soviétique manifeste l’intention d’intervenir directement dans le conflit, mais se heurte à la fermeté des États-Unis et finit par renoncer ; la défaite arabe représente pour elle un échec. Les États-Unis resserrent leurs relations avec Israël dont l’attitude est condamnée par la France du général de Gaulle. Les deux superpuissances approuvent néanmoins l’adoption par le Conseil de sécurité des Nations unies de la résolution 242, laquelle réaffirme le droit à l’existence de l’État d’Israël, mais exige, dans sa version française, « l’évacuation des territoires occupés lors du récent conflit ».

2. La guerre d’Octobre (1973)

La guerre d’Octobre[26] est la quatrième guerre israélo-arabe (1973) : l’Égypte et la Syrie attaquent Israël dans le Sinaï et le Golan. Menacé dans un premier temps, Israël lance une contre-offensive et reconquiert le Golan et le Sinaï. La guerre du Kippour est aussi une crise Est-Ouest : au cours du conflit, les deux superpuissances livrent du matériel militaire à l’une ou l’autre des deux parties au moyen d’un pont aérien. L’Union soviétique menace à nouveau d’intervenir directement et les États-Unis placent leurs forces nucléaires en état d’alerte. Le conflit se prolonge sur le marché du pétrole : les pays arabes exportateurs de pétrole décident d’une augmentation des prix (premier choc pétrolier), laquelle contribue à l’affaiblissement des économies occidentales et bénéficie à l’Union soviétique également exportatrice.

3. L’affirmation du mouvement palestinien

L’Organisation de libération de la Palestine (OLP) naît en 1964. Voulue par le premier sommet de la Ligue arabe (Le Caire, 13-17 janvier 1964), sa création est l’œuvre d’un congrès national palestinien réuni à Jérusalem (28 mai-2 juin 1964). Elle adopte une charte qui subordonne la libération de la Palestine à l’unité arabe, constitue un Comité exécutif présidée par Ahmed Choukairy et une Armée de libération de la Palestine (ALP) formés de contingents palestiniens inclus dans les armées régulières des pays arabes.

Des mouvements de libération se constituent de façon autonome avant même la création de l’OLP. En 1959, Yasser Arafat fonde le Mouvement de libération de la Palestine (Fatah), lequel subordonne l’unité arabe à la libération de la Palestine et entend conduire des actions de guérilla contre Israël. En 1967, après la défaite arabe, Georges Habache réunit plusieurs organisations antérieures au sein du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP). C’est un mouvement révolutionnaire qui se réfère au marxisme, dénonce la politique suivie par l’OLP et les États arabes et prône la lutte armée contre Israël.

En 1968, les différents mouvements de libération entrent à l’OLP, s’emparent de la majorité au sein du Conseil national palestinien et imposent un durcissement de la charte adoptée en 1964. En 1969, Yasser Arafat prend la présidence de l’OLP, laquelle est reconnue comme le seul représentant légitime du peuple palestinien, après la guerre du Kippour, par le sommet arabe de Rabat (octobre 1974). Elle donne désormais sa préférence à l’action politique.

C. Un équilibre instable

Structuré par le conflit israélo-arabe, l’ordre régional est affecté par de multiples tensions qui n’épargnent pas le monde arabe lui-même en dépit de ses protestations d’unité. À la fin des années 1970, la question palestinienne, cause arabe par excellence, ne suffit plus à le rassembler et le panarabisme entre en crise.

1. Le partage de l’eau

Située à la latitude des déserts subtropicaux, la majeure partie de la région reçoit des précipitations faibles, souvent inférieures à 200 mm. Seules les montagnes (mont Liban, Taurus, Zagros, Yémen) disposent de quantités supérieures. Son approvisionnement dépend donc en grande partie ou bien d’un apport externe, ou bien de nappes fossiles. L’apport externe est assuré par des fleuves dont le bassin hydrographique couvre en amont des zones plus arrosées : le Nil en Égypte, l’Euphrate et le Tigre en Mésopotamie. Sur la façade méditerranéenne, le Jourdain prend sa source au Liban et traverse le lac de Tibériade avant de se jeter dans la mer Morte. Les nappes fossiles (Égypte, péninsule arabique) présentent l’inconvénient de n’être pas renouvelables.

La question hydrique interfère avec le conflit israélo-arabe. En 1951, Israël entreprend des travaux hydrauliques destinés à acheminer l’eau du Jourdain en direction de son propre territoire, mais il se heurte à l’opposition des États arabes. Après l’échec de plusieurs tentatives de médiation, il conduit à son terme la construction du « grand aqueduc national » (1964) qui facilite la mise en valeur du désert du Néguev. La première opération militaire du Fatah (1er janvier 1965) vise une station de pompage israélienne sur le Jourdain. Les États arabes tentent de leur côté de détourner l’eau du Jourdain, en amont du lac de Tibériade, mais des bombardements israéliens interdisent la poursuite des travaux. Israël acquiert la maîtrise de l’eau avec l’occupation du Golan et de la Cisjordanie lors de la guerre des Six Jours.

Le partage de l’eau divise de la même façon les pays du bassin hydrographique de l’Euphrate et du Tigre. Les conflits opposent la Turquie et les pays arabes de l’aval, mais ils affectent aussi les relations syro-irakiennes. La construction du barrage syrien de Tabqa sur l’Euphrate (1968-1976) provoque de vives tensions entre la Syrie et l’Irak que vient aggraver le remplissage du barrage de Keban construit en amont par la Turquie (1966-1974). Les prélèvements syriens dans l’Oronte, un fleuve qui s’écoule vers le nord, mécontentent à l’inverse la Turquie. Tout règlement de la question hydrique se heurte à un différend territorial hérité de la période mandataire, la cession par la France à la Turquie du sandjak d’Alexandrette devenu le Hatay turc (23 juin 1939).

La croissance démographique et l’urbanisation accusent les tensions. La population de la région est multipliée par deux dans le troisième quart du XXe siècle (90 millions d’habitants en 1950, 180 millions en 1977). Les villes rassemblent la moitié de la population à la fin de la période contre le quart dans l’immédiat après-guerre.

2. L’arme du pétrole

Dénoncé par les États-Unis, l’« accord de la ligne rouge » est abandonné en 1948, mais le cartel des sept sœurs veille à limiter la concurrence entre les compagnies et les royalties versées aux États restent minimes. Les grandes puissances importatrices défendent au besoin les intérêts des compagnies occidentales et prélèvent de lourdes taxes sur les carburants. Le partage de la rente pétrolière est donc inégal et la souveraineté des États de la région sur les ressources de leur sous-sol reste incomplète, mais l’augmentation de la demande mondiale, comme celle de la production régionale, et la multiplication des compagnies indépendantes, modifient le rapport de force au profit des pays producteurs.

En 1950, l’Arabie saoudite obtient de l’Aramco l’application du système « fifty-fifty », c’est-à-dire le partage à part égale des revenus de l’exploitation pétrolière (30 décembre 1950). La plupart des compagnies suivent l’exemple de l’Aramco, mais les négociations de l’Iran avec l’AIOC échouent. Le parlement iranien opte alors pour la nationalisation (15 mars 1951) et désigne Mossadegh comme Premier ministre (28 avril 1951). L’AIOC est nationalisée (1er mai 1951), mais Mossadegh est renversé par un coup d’État (19 août 1953) conduit par la CIA, lequel ouvre la voie à l’autoritarisme du shah et contribue à la montée des contestations radicales.

En 1960, les pays producteurs se regroupent au sein de l’OPEP (Bagdad, 10-14 septembre 1960). L’organisation réunit cinq pays à l’origine, dont quatre au Moyen-Orient, et admet par la suite de nouveaux membres[27]. Elle vise dans un premier temps à enrayer la baisse des cours provoquée par l’augmentation de l’offre avant d’utiliser l’arme pétrolière dans le conflit israélo-arabe. Lors de la guerre des Six Jours, les États arabes établissent un embargo de courte durée à l’encontre des pays qui soutiennent Israël. En 1968, ils se regroupent au sein de l’OPAEP[28] (Beyrouth, 9 janvier 1968).

Le premier choc pétrolier résulte des mesures de rétorsion prises par les pays exportateurs à la suite de la guerre d’Octobre (1973). Réunis au Koweït, les pays arabes annoncent qu’ils réduiront leur production de 5 p. 100 par mois sauf évacuation par Israël des territoires occupés (16 octobre 1973). Le 20 octobre, l’Arabie saoudite décide d’un embargo complet à l’encontre des États-Unis puis des Pays-Bas. Le 23 décembre, réunie à Téhéran, l’OPEP décide d’une hausse des prix. Le prix du pétrole est multiplié par quatre en quelques semaines.

Un nouvel ordre pétrolier se dessine au tournant des années 1970, mais l’efficacité de l’arme pétrolière reste incertaine. Les revenus des pays producteurs connaissent une hausse spectaculaire et la nationalisation de l’exploitation se généralise : nationalisation de l’IPC par l’Irak en 1972, de l’Aramco par l’Arabie saoudite, de façon graduelle, dans le courant des années 1970. Le marché s’adapte néanmoins à la hausse et la récession contribue à réduire la consommation : économies d’énergie, diversification des sources d’énergie, mise en exploitation de gisements hors de la région. L’unité des pays producteurs reste fragile et la question palestinienne n’est pas résolue.

3. L’échec du panarabisme

Après la Seconde Guerre mondiale, les États arabes se constituent dans des frontières léguées par les Européens, mais ne renoncent pas à l’unité de la nation arabe (arabisme, panarabisme). Parvenu au pouvoir en 1952, Gamal Abdel Nasser professe le panarabisme et constitue une République arabe unie avec la Syrie (1958), mais elle se défait dès 1961. Fondé en Syrie en 1943, le parti Baath entend lui aussi rassembler la nation arabe et s’implante dans plusieurs pays arabes. Il s’empare du pouvoir en Syrie, comme en Irak, en 1963, mais sans rapprocher les deux pays dont les relations demeurent conflictuelles. Contrairement au vœu de ses fondateurs, il devient dans les deux cas l’instrument d’un régime autoritaire.

Constituée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la Ligue arabe reçoit de nouvelles adhésions et rassemble tous les États arabes de la région, y compris l’OLP (9 septembre 1976), mais ne peut suffire à masquer l’échec du panarabisme. Elle connaît de profondes divisions qui opposent, dans les années 1970, des monarchies conservatrices et des républiques progressistes qui entretiennent des relations plus ou moins étroites avec l’Union soviétique sans être nécessairement « communistes » (Égypte nassérienne, Syrie, Irak, Yémen du Sud).

Des conflits se manifestent au sein même des États et conduisent au Liban à une guerre civile. Les premières tensions entre chrétiens et musulmans libanais se manifestent dans les années 1950. Les premiers sont en général favorables à des relations étroites avec l’Occident. Les seconds sont plus sensibles au panarabisme ou au nassérisme. Après la crise de Suez (1956), la politique extérieure du président de la République, Camille Chamoun, est jugée trop favorable à l’Occident par une partie de la population. Une insurrection éclate (plus d’un millier de morts). L’ordre est rétabli à la suite d’une intervention militaire états-unienne, mais l’opposition obtient le départ du président de la République contesté.

La question palestinienne contribue à l’aggravation des tensions interlibanaises. Depuis les guerres de 1948 et 1967, le Liban, comme plusieurs autres pays de la région, accueille des réfugiés arabes de Palestine. S’y ajoute l’installation de l’OLP, au début des années 1970, laquelle dispose de camps d’entraînement et constitue une sorte d’État dans l’État. La question divise les forces politiques libanaises et expose le pays à des représailles israéliennes. La guerre civile libanaise commence en 1975. Elle oppose des milices recrutées au sein des différentes confessions. Les forces palestiniennes y participent. La Syrie intervient militairement en 1976.

La politique adoptée par le président Sadate, successeur de Nasser, achève de briser l’unité du monde arabe. Le 9 novembre 1977, le président égyptien annonce qu’il est prêt à se rendre à Jérusalem, ce qu’il fait le 19 du même mois. C’est une reconnaissance de facto de l’État d’Israël qui conduit l’année suivante à l’ouverture des négociations de Camp David (5-17 septembre 1978). La condamnation du monde arabe est à peu près unanime.

III. La déstabilisation de l’ordre régional (depuis 1979)

A. Une série de bouleversements (1979-1987)

L’année 1979 est une année charnière. L’unité arabe achève de se défaire après la signature de la paix séparée égypto-israélienne tandis que l’Iran entre en révolution. Les contestations empruntent désormais une nouvelle voie, celle de l’islamisme, lequel se substitue au panarabisme ou au tiers-mondisme.

1. La rupture de l’unité arabe

Le traité de paix israélo-égyptien (Washington, 26 mars 1979) ne reprend pas toutes les dispositions des accords de Camp David (17 septembre 1978). Il établit une paix séparée entre les deux États : l’Égypte reconnaît officiellement l’État d’Israël et celui-ci évacue le Sinaï occupé depuis 1967. Il délaisse en revanche les dispositions relatives aux territoires occupés de Gaza et de Cisjordanie, lesquelles prévoyaient la conclusion d’accords transitoires et l’établissement d’une autorité palestinienne élue. Israël refuse tout engagement qui menacerait sa sécurité ou sa maîtrise de l’eau et entend poursuivre la colonisation des territoires. Le 30 juillet 1980, Jérusalem-Est est définitivement annexé.

Condamnée par la Ligue arabe, l’Égypte est suspendue de toute participation à l’organisation. L’OPAEP et l’OCI[29] adoptent la même position. Les États arabes rompent leurs relations diplomatiques avec elle et lui infligent des sanctions économiques. Le siège de la Ligue arabe est transféré du Caire à Tunis.

2. La montée de l’islamisme

La révolution iranienne entraîne la chute du régime du shah (janvier-février 1979) et la proclamation d’une « République islamique » hostile aux États-Unis (occupation de l’ambassade des États-Unis le 4 novembre 1979). Son « guide suprême » (1979-1989), l’ayatollah Khomeyni[30], appartient au haut clergé chiite et c’est un opposant précoce au régime du shah. Il entend fonder le gouvernement du pays sur la religion musulmane (chiite) qu’il conçoit de façon rigoriste. Affaibli par la révolution, l’Iran est attaqué par l’Irak qui conteste le règlement frontalier conclu par les deux États, cinq ans auparavant, au sujet du Chatt el-Arab. La révolution iranienne et la guerre irako-iranienne (1980-1988) provoquent un second choc pétrolier.

Le 20 novembre 1979, quelques centaines d’assaillants s’emparent de la Grande Mosquée de La Mecque et proclame l’avènement du mahdi[31]. La reddition intervient au terme d’un long siège le 4 décembre et cause la mort d’une centaine de personnes. Attribuée à tort à des chiites dans les premiers jours, l’opération est l’œuvre de sunnites saoudiens, wahhabites extrémistes, descendants ou héritiers des ikhwan[32]. À la fin du mois, la célébration de l’Achoura par la minorité chiite donne lieu à des affrontements dans l’est du pays.

L’intervention de l’Union soviétique en Afghanistan[33] marque l’entrée dans une « seconde guerre froide ». Elle se heurte à différents mouvements de résistance qui opposent l’islam (principalement sunnite) au communisme athée, accueillent des volontaires musulmans venus de l’étranger (moudjahidines) et reçoivent le soutien des États-Unis, lesquels s’appuient sur l’activiste saoudien Oussama ben Laden (1957-2011). C’est en Afghanistan, dans le djihad antisoviétique, que s’opère la synthèse entre le fondamentalisme religieux musulman et l’activisme politique islamiste (« salafisme jihadiste[34] ») et que naît l’organisation Al-Qaida (1988).

La révolution iranienne et le « salafisme jihadiste » témoignent de la montée de l’islamisme, dans l’islam chiite (Iran), comme dans l’islam sunnite (Afghanistan), et celle-ci affecte plusieurs pays de la région[35]. Le 6 octobre 1981, le président Sadate est assassiné par des islamistes égyptiens, mais l’attentat n’entraîne pas de bouleversements politiques dans le pays. Le Hezbollah libanais se constitue en 1982, à la suite d’une intervention militaire israélienne dirigée contre l’OLP, et son action contribue à l’aggravation de la guerre civile. La population arabe des territoires occupés par Israël se soulève en 1987 (intifada) ; apparaît alors le Hamas, « Mouvement de la résistance islamique ».

B. La fin de la Guerre froide : une période propice à la recherche de solutions négociées (1988-1995)

La fin de la Guerre froide, dans la seconde moitié des années 1980, établit une hégémonie américaine dans la région et autorise la recherche de solutions négociées, y compris dans la question palestinienne. L’invasion du Koweït par l’Irak ouvre certes une crise grave à l’été 1990, mais son règlement témoigne d’une renaissance du système des Nations unies.

1. Le règlement de plusieurs conflits

En 1986, Gorbatchev admet la nécessité pour l’Union soviétique de quitter l’Afghanistan. Conduites sous l’autorité du secrétaire général des Nations unies, les négociations aboutissent aux accords de Genève (14 mai 1988). Ils associent l’Afghanistan, le Pakistan, l’Union soviétique et les États-Unis et prévoient un retrait soviétique dans un délai de neuf mois. Les dernières troupes quittent le pays le 15 février 1989.

En 1987, le Conseil de sécurité des Nations unies adopte à l’unanimité une résolution qui invite l’Irak et l’Iran à observer un cessez-le-feu et envisage des sanctions en cas de poursuite de la guerre (résolution 598, 20 juillet 1987). Acceptée par les deux belligérants, elle entre en vigueur le 20 août 1988.

En 1989, trois États membres de la Ligue arabe, dont l’Arabie saoudite, élaborent un projet de règlement de la crise libanaise et réunissent le parlement libanais élu en 1972 dans la ville saoudienne de Taëf (30 septembre-22 octobre 1989). Les accords de Taëf modifient l’équilibre des pouvoirs au profit du chef du gouvernement (sunnite) et assurent l’égale représentation des chrétiens et des musulmans au sein de l’assemblée. Contestés par une partie des forces en présence, ils autorisent néanmoins une normalisation dans les années 1990, mais consolident l’influence de la Syrie dans le pays.

En 1990, les deux États yéménites[36] parviennent à un accord d’unification (22 mai 1990) : il met fin à une partition qui trouvait son origine dans la levée du protectorat britannique sur le Yémen du Sud (30 novembre 1967).

Dans les années 1980, le successeur du président Sadate, Hosni Moubarak (1981), parvient à se rapprocher des autres pays arabes sans abandonner le traité de 1979 et obtient la réintégration de l’Égypte au sein de Ligue arabe (21 mai 1989).

2. L’invasion du Koweït et la guerre du Golfe

Un conflit armé : la guerre du Golfe (1990-1991)

3. Le processus de paix israélo-palestinien

Le conflit israélo-palestinien lui-même fait l’objet d’une tentative de règlement. Des négociations s’engagent au début des années 1990 (processus d’Oslo) dans des circonstances favorables : la reconnaissance par l’OLP du droit à l’existence de l’État d’Israël (1988-1989), la formation d’un gouvernement travailliste en Israël (1992), l’entrée en fonction du président démocrate Clinton (1993). Elles conduisent à la signature de la Déclaration de Washington (13 septembre 1993) qui prévoit la mise en œuvre en cinq ans du principe « la terre contre la paix », c’est-à-dire l’évacuation progressive des territoires occupés par Israël. Les accords Oslo I (1994) et Oslo II (1995) permettent la création d’une Autorité palestinienne autonome dont Yasser Arafat, de retour dans les territoires occupés en 1994, est élu président en 1996. Israël signe en outre un traité de paix avec la Jordanie (1994), le second avec un État arabe, après le traité israélo-égyptien de 1979.

C. Un nouveau cycle de violences (depuis 1995)

L’échec du processus de paix israélo-palestinien et l’attaque de l’Irak par les États-Unis après le 11-Septembre entraînent la région dans un nouveau cycle de violences qui culmine avec la proclamation d’un « État islamique » sur une partie des territoires irakien et syrien.

1. L’échec du processus de paix israélo-palestinien

Le processus de paix israélo-palestinien s’enlise dans la seconde moitié des années 1990, après l’assassinat d’Itzhak Rabin (4 novembre 1995), les attentats perpétrés en Israël par le Hamas (1994-1996) et le retour du Likoud au pouvoir (Netanyahou, 1996). La période intérimaire prévue par les accords d’Oslo s’achève en 1999 sans que le processus soit parvenu à son terme et les relations israélo-palestiniennes se dégradent à partir du début des années 2000. Une deuxième intifada commence en 2000, après la visite d’Ariel Sharon sur l’esplanade des Mosquées (28 septembre 2000), laquelle déclenche des émeutes en Cisjordanie et à Gaza.

Pour se protéger de toute incursion en provenance de Cisjordanie, Israël entreprend la construction d’un mur de séparation (16 juin 2002) qui inclut des colonies situées au-delà des frontières de 1967 et sépare des villages palestiniens de leurs terres agricoles. Il se retire unilatéralement de la bande de Gaza (17-23 août 2005), mais y conduit une première opération militaire à l’été 2006, après la victoire du Hamas lors des élections palestiniennes (25 janvier 2006). Il s’engage la même année dans une guerre contre le Hezbollah au Sud-Liban (12 juillet-14 août 2006). Il soumet la bande de Gaza à un blocus (14 juin 2007). Exposé à des tirs de roquettes en direction de son propre territoire, Israël multiplie les opérations militaires dans la bande de Gaza (27 décembre 2008, 14 novembre 2012, 8 juillet 2014). Il poursuit la colonisation des territoires occupés.

Les efforts accomplis sous le président Clinton pour parvenir à un règlement de la question se relâchent sous le président Bush. Dans son discours du Caire (4 juin 2009), le président Obama condamne la poursuite de la colonisation, mais sans être entendu.

2. La « guerre globale contre le terrorisme »

Un acte terroriste : le 11-Septembre

Après les attentats du 11-Septembre (2001), sous la conduite du président Bush, les États-Unis attaquent successivement l’Afghanistan (2001) et l’Irak (2003).

L’intervention en Afghanistan (7 octobre 2001) est présentée comme un acte de légitime défense prévu par l’article 51 de la charte des Nations unies. Le Conseil de sécurité approuve l’opération et l’OTAN lui apporte son concours. Les États-Unis bombardent le pays et les adversaires des talibans s’emparent de Kaboul (13 novembre 2001), mais Oussama ben Laden parvient à leur échapper.

L’attaque de l’Irak (20 mars 2003) est plus difficile à justifier et relève d’une décision unilatérale. Les États-Unis parviennent néanmoins à réunir une coalition, entrent à Bagdad (9 avril 2003) et capturent Saddam Hussein (14 décembre 2003). Les arguments utilisés pour justifier l’intervention n’étaient pas fondés : l’Irak ne possédait plus d’armes de destruction massive et n’entretenait pas de relations avec l’organisation Al-Qaida. La chute de Saddam Hussein plonge le pays dans la violence, donne le pouvoir aux chiites et nourrit le ressentiment des sunnites.

Le président Obama entend mettre fin à la présence militaire des États-Unis dans les deux pays (retrait d’Irak en 2011, retrait d’Afghanistan en 2014), mais les difficultés consécutives aux deux interventions ne sont pas entièrement résolues : les tensions ethniques ou confessionnelles en Irak et la dérive autoritaire du pouvoir chiite, la corruption du gouvernement afghan et son impuissance face aux talibans.

3. Le risque d’éclatement des États irakien et syrien

Les révolutions du « printemps arabe » (2010) entraînent la chute de plusieurs régimes autoritaires en Afrique du Nord et au Proche-Orient, mais Bachar el-Assad se maintient au pouvoir en Syrie et le pays s’enfonce une guerre civile qui facilite l’expansion de l’organisation djihadiste sunnite « État islamique en Irak » (EII, 13 octobre 2006). Issue de la branche irakienne d’Al-Qaida, elle parvient à rallier une partie de l’opposition sunnite au gouvernement de Bagdad.

L’EII s’implante en Syrie à la suite du soulèvement contre Bachar el-Assad (15 mars 2011), participe à la création du Front al-Nosra et prend le nom d’« État islamique en Irak et au Levant[37] » (EIIL, 9 avril 2013). Le 9 juin 2014, il lance une offensive éclair dans le nord de l’Irak et s’empare de Mossoul, deuxième ville du pays (10 juin 2014). Une photo datée du même jour et publiée le lendemain sur la toile annonce la « destruction de la frontière Sykes-Picot » (11 juin 2014). Le 29 juin, l’organisation prend le nom d’« État islamique » (EI) et rétablit le califat en la personne de son chef, Abou Bakr al-Baghdadi. À différence d’Al-Qaida, l’EI dispose désormais de son propre territoire.

Les crises syriennes et irakiennes bouleversent l’ordre régional. Deux ans et demi après leur départ d’Irak, les États-Unis interviennent une nouvelle fois dans la région et constituent une coalition internationale destinée à combattre l’« État islamique » : envoi de conseillers militaires en Irak (15 juin 2014), frappes aériennes en Irak (8 août 2014) et en Syrie (23 septembre 2014).

Les monarchies pétrolières du Golfe entrent dans la coalition en dépit de leur complaisance initiale pour les djihadistes sunnites de Syrie et d’Irak. Vus à l’origine comme un moyen d’affaiblir le régime alaouite de Damas et le gouvernement chiite de Bagdad, ils constituent désormais une menace imminente en raison de leur expansion soudaine, de leur radicalité et de leur faculté à attirer des volontaires étrangers.

Dirigée par le parti islamiste modéré AKP depuis 2002 et membre de l’OTAN, la Turquie se brouille avec la Syrie en 2011 et apporte son soutien au soulèvement sans exclure les islamistes, mais veille à contenir l’émancipation des Kurdes syriens et entend consolider son rang de puissance régionale (néo-ottomanisme). Elle rejoint la coalition au début d’octobre 2014, mais conserve dans un premier temps une attitude prudente, sinon attentiste. Frappée par un attentat islamiste à l’été 2015 (Suruç, 20 juillet 2015), elle s’engage plus nettement dans la guerre, mais vise à la fois l’organisation « État islamique » et les bases arrière du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), un parti qui milite pour l’émancipation des Kurdes de Turquie.

Tenus à l’écart de la coalition, les pays du « croissant chiite[38] » partagent néanmoins les objectifs immédiats des puissances occidentales. Frappé par des sanctions internationales en raison de son programme nucléaire, l’Iran prête son concours au gouvernement chiite de Bagdad, contribue à l’encadrement de ses forces et conduit à son tour des opérations aériennes contre l’« État islamique ». Présidé par un modéré[39] depuis 2013, il conclut un accord sur ses recherches nucléaires avec le « groupe des cinq plus un[40] » le 14 juillet 2015, obtient la levée des sanctions qui le frappait et pourrait trouver dans la lutte contre le djihadisme sunnite l’occasion d’un rapprochement avec les États-Unis. Condamné pour sa répression du soulèvement syrien, Bachar el-Assad entend exploiter les événements pour assurer la survie de son régime et reçoit le soutien de la Russie.

LANGLOIS | CC BY-NC-ND 4.0


[1] Henry Laurens, Paix et guerre au Moyen-Orient, Paris, Armand Colin, 2e édition, 2005, pp. 7-8.

[2] Une offensive en Mésopotamie depuis le golfe Persique : débarquement de Fao (6 novembre 1914) et prise de Bagdad (11 mars 1917) ; une offensive en Palestine depuis l’Égypte : prise de Jérusalem (9 décembre 1917). L’Égypte est un protectorat britannique de fait depuis 1882. Sa proclamation officielle date du 18 décembre 1914. Le canal de Suez est inauguré le 17 novembre 1869.

[3] La révolte commence dans le Hedjaz (10 juin 1916), échoue devant Médine, mais s’empare d’Aqaba (6 juillet 1917), dans le golfe du même nom.

[4] Descendants du prophète, selon la tradition, les Hachémites assurent la garde des villes saintes de l’islam. Hussein est chérif de la Mecque depuis 1908. Il confie la conduite de la révolte arabe à ses quatre fils, mais Fayçal en est le principal organisateur.

[5] Ibn Séoud s’empare de Riyad en 1902 et conquiert le Hasa. Reconnu par les Ottomans, il doit lui-même reconnaître leur suzeraineté.

[6] Les Saoud adoptent la doctrine wahhabite au milieu du XVIIIe siècle et fondent trois États successifs dans la péninsule arabique : le premier au XVIIIe siècle (1744–1818), le second au XIXe siècle (1824-1891), le troisième au XXe siècle.

[7] Né en Europe à la fin du XIXe siècle, le mouvement sioniste vise à créer un État national juif en Palestine (Theodor Herzl, Der Judenstaat, Leipzig et Vienne, 1896).

[8] L’Anglo-Persian Oil Company (APOC) devient l’Anglo-Iranian Oil Company (AIOC) en 1935.

[9] La Turkish Petroleum Company (TPC) devient l’Iraq Petroleum Company (IPC) en 1929.

[10] Le capital de la TPC est alors réparti de la façon suivante : une part identique de 23,75 p. 100 pour l’APOC, la Royal Dutch-Shell, la CFP et la Near East Development Corporation, un consortium formé par cinq compagnies américaines (la Standard Oil of New Jersey, la Standard Oil of New York, etc.) ; Mr. Five Percent, Calouste Gulbenkian, co-fondateur de l’IPC, obtient les derniers 5 p. 100.

[11] L’« accord de la ligne rouge » exclut néanmoins le Koweït que se réservent les Britanniques.

[12] L’Anglo-Persian Oil Company, la Royal Dutch-Shell et la Standard Oil of New Jersey.

[13] Les Détroits, avec une majuscule, c’est-à-dire le Bosphore et les Dardanelles.

[14] Les sultans ottomans portaient à la fois le titre de sultan et celui de calife, c’est-à-dire de protecteur de la religion musulmane.

[15] L’Irak accède à l’indépendance le 30 mai 1932. C’est le premier membre arabe de la Société des Nations (3 octobre 1932).

[16] Les États de la Trêve ou États de la côte des Pirates sont au nombre de sept (Abou Dhabi, Dubaï, etc.). Six d’entre eux accèdent à l’indépendance en 1971 et constituent une fédération, les Émirats arabes unis. Le septième, Ras el Khaïmah, les rejoint en 1972.

[17] En 1945, la Ligue arabe comprend sept membres : l’Arabie saoudite, l’Égypte, l’Irak, le Liban, la Syrie, la Transjordanie et le Yémen. La Transjordanie accède à l’indépendance le 25 mai 1946.

[18] Hussein, dernier chérif hachémite de la Mecque, est chassé du Hedjaz par Ibn Séoud en 1924. Son fils aîné Abdallah obtient l’émirat de Jordanie en 1921 avant de prendre le titre de roi en 1946. Son troisième fils Fayçal obtient le trône d’Irak en 1921, mais son deuxième successeur, Fayçal II, fils de Ghazi, est renversé par un coup d’État en 1958.

[19] Fondée en Égypte (1928), la société des Frères musulmans entend rétablir le califat. C’est l’une des sources de l’islam politique contemporain (islamisme).

[20] L’Aramco (1944) porte à l’origine le nom de California-Arabian Standard Oil (Casoc).

[21] La rencontre se déroule à bord du Quincy, un navire américain mouillé dans le grand lac Amer, au nord de la mer Rouge, sur le tracé du canal de Suez (14 février 1945).

[22] À partir de 1942, l’aide américaine destinée à l’Union soviétique transite par un « corridor perse » qui part du golfe Persique. Le 18 février 1943, l’Arabie saoudite est admise au bénéfice du « prêt-bail ».

[23] Ibn Séoud rappelle l’attachement des Arabes à la Palestine et Roosevelt s’engage à ne rien faire qui puisse leur nuire.

[24] Henry Laurens, Paix et guerre au Moyen-Orient, Paris, Armand Colin, 2e édition, 2005, p. 99. Fin 1944, la population arabe de la Palestine est de 1 179 000, la population juive de 554 000. Idem, p. 64.

[25] Le pacte de Bagdad est destiné à contenir l’expansion soviétique. Conclu à l’origine par l’Irak et la Turquie (24 février 1955), il reçoit la même année l’adhésion du Royaume-Uni, du Pakistan et de l’Iran. Il complète le traité de l’Atlantique nord (4 avril 1949) et le pacte de Manille (OTASE, 2 septembre 1954). C’est l’un des maillons du cordon sanitaire destiné à endiguer l’expansion soviétique.

[26] La guerre du Kippour, la guerre du Ramadan.

[27] Organisation des pays exportateurs de pétrole. Les cinq membres fondateurs sont les suivants : Arabie saoudite, Iran, Irak, Koweït et Venezuela.

[28] Organisation des pays arabes exportateurs de pétrole. Elle regroupe à l’origine des pays modérés (Arabie saoudite, Koweït, Libye), mais elle s’ouvre ensuite à la plupart des producteurs arabes. Le coup d’État du colonel Kadhafi, en Libye, date de 1969.

[29] Organisation de la conférence islamique.

[30] On peut écrire Khomeini, Khomeiny ou Khomeyni.

[31] La définition varie selon les courants de l’islam. Il s’agit en général d’une personne pourvue par ses fidèles d’une mission d’inspiration divine, une sorte de messie.

[32] Milice formée par Ibn Séoud au début du XXe siècle, elle contribue à la conquête de la péninsule arabique avant de s’opposer au roi. Elle est alors éliminée (1929-1930).

[33] Se reporter au polycopié de première : « Un acte terroriste : les attentats du 11-Septembre ».

[34] Le « salafisme jihadiste » est un courant politique extrémiste, islamiste radical, qui associe le fondamentalisme religieux musulman et l’activisme politique islamiste.

[35] Ne pas confondre islam, fondamentalisme musulman et islamisme. L’islam est une religion révélée fondée sur la prédication de Mahomet en Arabie au début du VIIe siècle. Le fondamentalisme musulman repose une lecture littérale du Coran et se caractérise par une pratique rigoriste de la religion. L’islamisme se fixe pour objectif de conquérir le pouvoir et de l’exercer conformément à telle ou telle conception de l’islam. Il existe différentes doctrines et différents mouvements, sunnites ou chiites, radicaux ou modérés etc.

[36] Au nord, la République arabe du Yémen (1962), ex-royaume du Yémen, indépendant en 1918 (Yémen du Nord, Sanaa) ; au sud, la République démocratique populaire du Yémen, indépendante en 1967 (Yémen du Sud, Aden).

[37] Le Front al-Nosra refuse la fusion et reçoit le soutien d’Ayman al-Zaouahiri, chef d’Al-Qaida depuis la mort d’Oussama ben Laden (2 mai 2011). Une grande partie de ses membres rejoint néanmoins l’« État islamique en Irak et au Levant ». L’acronyme Daech est utilisé par les adversaires de l’EIIL.

[38] Employée en 2004 par le roi Abdallah II de Jordanie, l’expression désigne la réunion hypothétique de plusieurs États ou mouvements d’obédience chiite : le Hezbollah libanais, le régime alaouite de Damas, le gouvernement chiite de Bagdad, le régime iranien.

[39] Élu en 2013, Hassan Rohani succède au conservateur Mahmoud Ahmadinejad (2005-2013).

[40] Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, plus l’Allemagne. Le groupe conduit des négociations avec l’Iran depuis les années 2000.